mardi 11 juin 2013

[Rétrospective #9] Lost In Translation | Sofia Coppola

Lost In Translation (2003) | Sofia Coppola
 
Pour son second long-métrage, Sofia Coppola revient avec brio à ses thèmes de prédilection – l’ennui, les chocs culturels, les personnages esseulés et presque moroses.
Synopsis Allociné : Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il a conscience qu'il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d'argent. Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire. Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s'intéresser davantage à son travail qu'à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d'attention. Elle va en trouver auprès de Bob...

Lost In Translation est avant tout l’histoire d’une rencontre. Une rencontre authentique. La réalisatrice de Virgin Suicides blâme avec poésie et délicatesse cette société dans laquelle nous évoluons où personne ne fait attention à son prochain. Dans le macrocosme nouveau et inquiétant qu’est le Japon, deux inconnus finissent par s’unir, comme par alchimie, à travers leurs points convergents : une vie sentimentale à l’abandon ainsi qu'un sommeil difficile dans ce grand et luxueux Hyatt. S’ensuit alors une relation qui se développe autour de deux axes, le déracinement et l'amour platonique. Grâce à un scénario subtil, Coppola filme et magnifie un rapport sincère entre deux êtres dont la satisfaction est avant tout spirituelle, dénuée de toute illusion. Cette poésie peut effrayer et sembler ennuyeuse aux premiers abords, loin de tous les récents et survitaminés scénarii hollywoodiens (comme Sex Friends ou encore Sexe entre amis). Néanmoins, elle s’avère judicieuse et critique sur les relations vaines où l’alcool passe après la cuite, l’amour après le coït.
Cette histoire d’amour d’abord intemporelle et hors-norme est portée par un humour délicat et un charme ambiant. Un charme principalement offert par la photographie très soignée, qui met en valeur la prestance de ce nouveau monde asiatique, si lointain dans l'esprit, tel un rêve. Ce songe amoureux et spirituel est d’ailleurs filmé avec une pellicule et prohibe tout numérique : une volonté de Sofia Coppola afin de maintenir une esthétique romanesque et authentique, presque nostalgique.

L’errance, le décalage horaire, le dépaysement plongent également le spectateur dans une lente torpeur et suavité, qui portent ces derniers avec aisance et plaisir pendant 1h40. Chaque scène envoûte par sa justesse, sa beauté et son lyrisme.

La réalisatrice new-yorkaise, qui eut envie de faire ce film suite à ses nombreux voyages, rend également un vibrant hommage au Japon, et en particulier à la ville de Tokyo. Les lieux sont sublimés avec précision et intelligence, comme si le but de Sofia Coppola était de rendre compte de la magnificence d’un monde à part, peut-être parfois mal perçu par autrui. Les détracteurs pourront lui reprocher une caricature trop appuyée des japonais et de leur culture, mais Sofia Coppola n'oublie jamais de retranscrire l’isolement de ses deux personnages. Louons lui cette fantastique méthode que de décrire un peuple étranger par leurs stéréotypes ?
Bill Murray, l’air blasé, gêné et déprimant, excelle une nouvelle fois, et prouve justement qu'il n'a plus rien à prouver. Toujours aussi bluffant, le Ghosbuster obtient là un rôle à hauteur de son génie comique mais pourtant tellement grisant. Scarlett Johansson, alors âgée de 18 ans, se révèle brillante, elle incarne avec pertinence une jeune adulte « paumée », ne tombant jamais dans le cliché ou le surjeu. Son charme fou opère, de la même façon que cet étincelant duo aussi étonnant que magique.
Les deux comédiens, ô combien attachants, pratiquent une joute verbale étonnante, toujours percutante, jamais vaine. Le talent de Sofia Coppola, quant à lui, inonde l'écran lors de la séquence finale absolument bouleversante, émouvante et exquisément déstabilisante.

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Sofia Coppola récidive son association avec Air pour la superbe et transcendante bande-originale, du moins avec Brian Reitzell, batteur du groupe, qui avait déjà réalisé quelques partitions de Virgin Suicides.

Lost In Translation est l'un de ces rares films capable de nous scotcher jusqu'à la dernière seconde du générique de fin. Remarquable, il est aussi pourvoyeur d’interrogations : avons-nous seulement vu la déambulation de deux personnes découvrant une ville et voulant se libérer d’une routine ? Est-ce l’amour ou la fin d’une solitude qui les gardera enlacés ? Deux mots : excellence et subtilité.
 
Article rédigé par Cléa Carré

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