mardi 30 juillet 2013

Insaisissables

Il y a peu, Louis Leterrier épinglait deux travers du système des studios hollywoodiens : les tournages en rush afin de respecter le calendrier des sorties fixé avant que la prod' ne démarre pour de bon, et les conversions 3D à outrance.

Récemment victime de ces deux « fantaisies » – la rapidité de lancement d'un projet Marvel aussi mastodonte que « L'Incroyable Hulk » et l'abominable format relief de son dernier film, « Le Choc des Titans », le french director issu de l'écurie Besson conserve malgré tout son ticket d'or à Hollywood grâce au succès salles de ces deux longs métrages, et propose aujourd'hui le plus modeste « Insaisissables », tout de même doté d'un casting 5 étoiles, composé de Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, Isla Fisher, Dave Franco (frère de James), Morgan Freeman, Michael Caine et les frenchies Mélanie Laurent & José Garcia.
Enfin, fait important pour la suite : on note la présence, côté crew, de la paire Alex Kurtzman & Roberto Orci, connus pour avoir fréquemment collaborés avec J.J. Abrams (« Alias », « Fringe », « Mission : Impossible III », « Star Trek », « Star Trek Into Darkness ») et Michael Bay (crédités scénaristes de « The Island », « Transformers » et de « Transformers 2 : la Revanche »).
Synopsis Allociné : « Les Quatre Cavaliers », un groupe de brillants magiciens et illusionnistes, viennent de donner deux spectacles de magie époustouflants : le premier en braquant une banque sur un autre continent, le deuxième en transférant la fortune d'un banquier véreux sur les comptes en banque du public. Deux agents spéciaux du FBI et d'Interpol sont déterminés à les arrêter avant qu'ils ne mettent à exécution leur promesse de réaliser des braquages encore plus audacieux. Ils font appel à Thaddeus, spécialiste reconnu pour expliquer les tours de magie les plus sophistiqués. Alors que la pression s'intensifie, et que le monde entier attend le spectaculaire tour final des Cavaliers, la course contre la montre commence.
Pitof avec « Catwoman », Mathieu Kassovitz « Gothika » / « Babylon A.D. », Jean-François Richet et son remake Carpenter « Assaut sur le central 13 », Florent Emilio Siri « Otage » … beaucoup de réalisateurs français se sont frottés au pari hollywoodien, mais peu ont connu la success story et se sont installés confortablement et durablement dans cette industrie réputée exécrable. Quatre noms seulement sortent du chapeau : Alexandre Aja, Jean-Jacques Annaud, Luc Besson et un certain … Louis Leterrier. Peu importe la qualité de ses longs métrages, nous devons en effet au moins reconnaître à Louis Leterrier le talent d'avoir percé à Hollywood en un temps record. Seulement 2 films auront suffi à asseoir le réalisateur made in Luc Besson sur le trône des majors hollywoodiennes. Et ce n'est pas « Insaisissables », son troisième film réalisé au pays de l'oncle Sam, qui risque de changer la donne, si l'on en croit ses chiffres mirobolants au box-office us, avec déjà plus de 114 millions de dollars récoltés localement.
Dans « Insaisissables », quatre magiciens, surnommés « Les Quatre Cavaliers », sont réunis par un cinquième, anonyme, afin de dérober banques & assureurs et remettre leur butin aux pauvres, tels des Robin des Bois des temps modernes. L'histoire se complexifie bien évidemment lorsque l'agent du FBI incarné par Mark Ruffalo s'intéresse aux faits et s'allie à la belle Mélanie Laurent, ici officier d'Interpol, pour les arrêter.
Commençons par les (nombreux) défauts d'« Insaisissables ».
À force d'aligner les fausses-pistes, les raccourcis, les retournements, et de vouloir à tout prix créer et entretenir l'illusion, le film de Leterrier s'éparpille complètement, piégé par un récit diffluent et superficiel, truffé de faux raccords, qui demande un effort d'attention (trop) soutenue. Comment y voir clair dans le sudoku mental présenté sous nos yeux sans noyer le poisson ? Le scénario de Boaz Yakin, Ed Solomon et Edward Ricourt fait mouche dès lors uniquement lors des impressionnantes séquences de shows, mais a réellement du mal à (sur)prendre lorsqu'il s'agit d'expliquer l'inexplicable. Seul le dénouement du dernier acte, imprévisible dans la prévisibilité d'un rebondissement final imprévisible, fait force. Dernière chimère scénaristique : la romance grotesque esquissée entre les personnages interprétés par Mark Ruffalo & Mélanie Laurent.
Côté mise en scène, Louis Leterrier filme les tours de magie en abusant d'effets numériques en tout genre (aberration similaire à celle employée par Neil Burger sur « L'Illusionniste »), en reprenant simplement les gimmicks des copains J.J. Abrams & Michael Bay (lens flares en veux-tu, en voilà, mouvements circulaires de caméra), et en tentant – vainement – de recréer l'univers du réalisateur prestidigitateur Christopher Nolan (la présence des acteurs fétiches Morgan Freeman / Michael Caine en témoigne). Ne te méprends pas Louis, on a l'œil !
Passons aux qualités. 
Tout d'abord, le rythme soutenu & le montage nerveux, qui permettent de ne pas s'ennuyer une seule seconde et de profiter agréablement du spectacle, sans engourdir la cohérence de l'histoire. L'introduction pose d'ailleurs d'emblée le ton fun du film en présentant le quatuor à l'aide de vignettes abouties. Les tours sont ensuite enchaînés à cadence frénétique, quasiment sans temps mort, à travers les Etats-Unis : Las Vegas, Nouvelle-Orléans et New-York.
Seconde prouesse tout à fait louable, la belle photographie, signée deux chefs op' réputés, Larry Fong (« Super 8 », « 300 ») & Mitchell Amundsen (« Transformers »). Les deux bonhommes se sont partagés le travail sur le tournage du film, le premier s'est occupé en priorité des scènes de magie, tandis que le second s'est concentré essentiellement sur les scènes d'action. Cocktail de blockbuster qui bastonne avec une lumière étincelante et un timbre 'pop' !
Enfin, les comédiens s'amusent comme des fous (mention au mentaliste – hypnotiseur Woody Harrelson et au logorrhéique Jesse Eisenberg), et jouent tous, à peu de choses près, leur propre rôle. Tous, sauf un, ici à contre-emploi total. Serez-vous deviner lequel ? Le casting fonctionne efficacement dans l'ensemble, à l'exception de Mélanie Laurent, toujours aussi fade et lisse.
Bilan : Si « Insaisissables » remplit le cahier des charges et assure l'essentiel : divertir & en mettre plein la vue, sachez que n'est pas Christopher Nolan qui veut. Louis Leterrier se prend les pieds dans le tapis avec ses choix narratifs douteux et sa mise en scène tape-à-l'œil.
Anecdote de tournage Allociné : Michael Caine s'est retrouvé enfermé sur le plateau d'« Insaisissables » pendant toute une nuit, après s'être assoupi dans sa loge. L'acteur n'a pu user de magie pour s'échapper et a dû attendre d'être libéré le lendemain matin, lorsque les premiers membres de l'équipe du film sont arrivés sur le tournage.
 
La Bande Annonce de Insaisissables:

 
NOTE: 5/10

5 commentaires:

  1. Très sympa, ptit frangin Franco est un peu fade dans ce casting 4 étoiles et l'histoire d'amour est aussi inutile que convenue mais ça reste un très bon divertissement... 2/4

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    1. J'aurai plutôt dit que p'tit frangin Franco est l'un de ceux qui s'en tire le mieux.

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  2. Tout à fait d'accord avec cette critique ! Le dénouement était vraiment de trop et totalement incompréhensible, on ne sait toujours pas ce qu'est l'oeil ? Et comment sont réalisés certains tours ( quand Isla Fisher est dans la bulle ?? ).

    Ce qui m'a agacé c'est Mélanie Laurent, qui est comme tu le dis: fade ! j'ajouterais aussi que son doublage ( je pense que c'est elle même qui s'y est collée ) est horrible, aussi fade que sa performance. Ca m'a piqué les oreilles tout le long du film.
    Et l'histoire du pont des arts était vraiment d'une grande niaiserie.

    Pourtant le film avait bien commencé, il aurait été mieux de se centrer sur les magiciens plutôt que sur le policier débile et sa copine d'interpol.

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