mercredi 23 janvier 2013

Zero Dark Thirty

S'il existe une femme de pouvoir et d'ambition dans la haute stratosphère hollywoodienne, c'est bien Kathryn Bigelow, unique femme oscarisée dans la catégorie « meilleure réalisatrice ». Après avoir, en effet, surpris tout le monde avec son « Démineurs » en 2009 et damé le pion par la même occasion à son ex mari, Mr James Cameron himself, la metteur en scène américaine s'est lancée dans un projet fou, « Zero Dark Thirty », film ô combien risqué et polémique, scénarisé par Mark Boal, retraçant la traque de l'ennemi public mondial numéro 1, Oussama Ben Laden, s'étant soldée par son décès au Pakistan en mai 2011.
Et voilà qu'elle s'apprête à remettre le couvert côté récompenses prestigieuses puisqu'on la retrouve à nouveau nominée cette année, grâce à son bébé, dans plusieurs statuettes phares des cérémonies prévues.  
Enfin, ajoutez à l'ensemble un buzz médiatique monstre généré par la polémique autour d'une soi disant vision propagandiste des bénéfices de la torture orchestrée par la CIA.
Synopsis (source : Allociné) Le récit de la traque d'Oussama Ben Laden par une unité des forces spéciales américaines ...
Kathryn Bigelow est forte. Très forte. Plus de dix ans donc, entre les attentats du 11 septembre 2001 et le décès du commanditaire de ladite tragédie en mai 2011, auront servi de gestation à son « Zero Dark Thirty ». Dix années de longue et laborieuse traque durant laquelle la CIA aura sué corps et âme dans cette lutte sans relâche. « Zero Dark Thirty », qui signifie en langage militaire « minuit et demi », soit l'heure pile à laquelle le raid contre Ben Laden fut déclenché, apparaît comme le point culminant de ce jeu du chat et de la souris, ainsi que du climax de terreur régnant aux USA depuis les événements perpétrés par le leader emblématique du groupe terroriste Al-Quaïda.  
À la frontière entre le documentaire pur et la fiction, Bigelow livre un film passionnant dans sa reconstitution minutieuse et factuelle des événements, au suspense crescendo sur les 2h29 de pelloche, avec en apothéose, le raid en lui même, prouesse de mise en scène. Neutre et rarement (ou juste ce qu'il faut) patriotique, la réalisatrice de « Point Break » filme avec bravoure et authenticité les années de recherches et de luttes contre le terrorisme, sans jamais omettre de distiller l'angoisse dont le monde était l'otage durant cette période. « Vous êtes sur la liste de ces gens-là, et une fois sur la liste, vous savez bien qu'on n'en sort jamais » s'exclame à un moment donné un personnage, résumant en une phrase la paranoïa et surtout la peur inhérente à ce combat.
Bigelow n'hésite pas non plus à utiliser habilement les médias (télés, internet, journaux) pour étayer le sujet. Forcément inspirée par les shows télévisés des dernières années, de « 24 heures chrono », en passant par « Alias , ou par le récent « Homeland », elle engraisse le récit d'un hyperréalisme à couper le souffle, tout en semant des touches abstraites pour jouer la carte de la fiction.  
Tout ceci bien évidemment à l'aide d'un personnage principal, beau portrait de la détermination, merveilleusement écrit et brillamment incarné par une Jessica Chastain, qui a décidément le vent très en poupe en ce moment, un an à peine après les chocs Cannois « Tree of Life » et « Take Shelter ». Il aura fallu seulement quatre films (les 2 précédemment cités, ainsi que « La couleur des sentiments » et « Des hommes sans loi ») à la jolie rouquine pour confirmer qu'elle tient bien Hollywood par les couilles désormais.
L'autre partie du casting, irréprochable dans son ensemble, n'a pas à rougir. À commencer par Jason Clarke, vu récemment dans « Des hommes sans loi », intéressant ici dans un rôle complexe, au départ sur le terrain, puis rapidement dans un bureau, en proie aux affres de son passé de bourreau. Saluons également les autres membres du générique, tous plus savoureux les uns que les autres, sans surjeu ni aucune excentricité : Joel Edgerton (prochainement dans « Gatsby le magnifique »), Kyle Chandler (« Super 8 », « Argo », les séries télé « Demain à la une » et « Friday night lights »), Mark Strong (un habitué de Ridley Scott et de Guy Ritchie), Jennifer Ehle (« Contagion »), et James Gandolfini.
Un mot enfin sur la magnifique BO composée par le frenchy Alexandre Desplat, qui, fidèle à son talent, balance une partition parfaitement en phase avec le rythme du film.
Bilan : « Zero DarkThirty » est THE BIG surprise cinématographique de ce début d'année 2013. Sa réalisatrice offre des images puissantes, au suspens à son comble jusqu'aux dernières minutes de pellicule. En route pour les Oscars !
 
La Bande Annonce de Zero Dark Thirty:
 
 
NOTE: 8,5/10

8 commentaires:

  1. J'attendais pas mal ce film, j'avais peur d'ètre déçu, mais ces mon premiers coup de coeur de cet année, mieux que The Master, mieux que Django, j'ai été pris dans le film des le débuts pour ne jamais redescendre, franchement un sans faute pour moi du début a la fin

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    1. Mon premier coup de coeur demeure "Le monde de Charlie" mais en effet, j'ai vraiment adoré également "Zero Dark Thirty".

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    2. Je l'ai loupé celui que tu cites, mais le DVD sera la pour me rattrapé

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  2. Tout à fait d'accord, ce film est une mine d'or de talents et d'intelligence. Un très grand film... 3/4

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    1. Au plus j'y pense, au plus je me dis que j'ai adoré

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  3. J'ai beaucoup aimé ce film sauf que j'en attendais plus de Kathryn Bigelow. ce que j'avais adoré dans Démineurs, c'est qu'il y avait clairement un point de vue. Ici, alors que c'est un film et non un documentaire, tout reste très objectif ce qui fait que j'ai ressenti un certain malaise et une certaine gêne durant quelques scènes (scènes de torture, le raid final où femmes sont tuées, où soldats tirent sur des cibles déjà mortes). Mais attention, j'ai tout de même aimé le film, elle redonne un coup de jeune aux films engagés américains et aux thrillers politiques. Le film est certes long et bourré d'infos mais Dieu qu'il est rythmé et bien monté !

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    1. Ah bon ? j'ai au contraire été ravi par cette factualisation des événements et l'absence de point de vue, défaut que l'on voit hélas trop souvent dans les blockbusters us.

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    2. Oui, pour moi c'est un manque de prise de risque, le sujet est trop sensible, au cinéma selon moi il faut toujours le point de vue du réalisateur, c'est ce qui a fait des grands films comme Apocalypse Now, Platoon, Nixon, Malcolm X, etc...

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