
Synopsis Allociné :
Fille-mère à l’adolescence, Suzanne vit avec son père routier et
sa sœur dont elle est inséparable. Sa vie bascule lorsqu’elle
tombe amoureuse de Julien, petit malfrat qui l’entraîne dans sa
dérive. S’ensuit la cavale, la prison, l’amour fou qu’elle
poursuit jusqu’à tout abandonner derrière elle …

En 2010, Télérama loue la
« délicatesse » d’« Un poison violent »,
premier film de Katell Quillévéré naviguant sur un « mode
impressionniste avec d’authentiques éclats de grâce ». Un
compliment superposable s'avère tout à fait envisageable pour
« Suzanne », drame solaire empli d’amour dansant à peu
près sur le même tempo. En filmant les 25 premières années de vie
d’une fille – mère à l’adolescence, Katell Quillévéré
brosse avec beaucoup de tendresse et de chaleur humaine le portrait
d’un personnage perdu, en quête d’identité et d’affection, malmené par ce qui lui arrive (les sentiments pour un malfrat &
la parentalité).

Un peu à la manière de David Lowery
et de ses « Amants du Texas », Katell Quillévéré prend
judicieusement le parti de ne pas filmer certains événements,
notamment le dérapage marginal (les cavales, la violence,
l’incarcération …), pour mieux s’attarder sur leurs
conséquences (la dépression dû au manque chez l’un, l’évasion
des sentiments chez l’autre). Chouette idée ! D’autant plus
que Katell Quillévéré, pas vraiment ancrée dans un effet de «
mode », affiche une véritable élégance formelle dans sa mise
en scène, une densité et un raffinement dans son propos (une retenue
bienvenue), ces qualités lui conférant instantanément un statut
d’auteur. Avec « Suzanne », la scénariste /
réalisatrice réussit, en effet, le pari de transcender un genre –
pourtant archi codifié – en lui administrant sa marque
personnelle.

Saluons à cet égard l’étonnante
maîtrise du long-métrage, parcouru d’une dramaturgie exemplaire
de regards et de contraste (les échanges entre Damiens &
Forestier, silencieux mais riches de sens). Des ellipses narratives
puissantes et intelligentes – exprimant mieux que tout le
bouleversement provoqué par un événement – offrent également
une valeur ajoutée.

L’excellente direction d’acteurs
accrédite évidemment l’ensemble. François Damiens, à
contre-emploi, est formidable en père fragile, tandis que Sara
Forestier, habitée par son personnage, excelle une nouvelle fois (27
ans et déjà 2 César en poche, rappelons-le) et crève l’écran,
palette de jeu incroyable à l’appui (la colère, la tristesse,
l’indifférence, l’amour). On peut également applaudir la
performance de la merveilleuse Adèle Haenel (décidément, les Adèle
cette année !) dans le rôle de la sœur cadette et dont le
talent de comédienne se trouve ici enfin révélé.

Bilan : « Suzanne »,
traduction imagée du tiraillement perpétuel entre l’inconscient
(les mises en danger) et le conscient (subvenir aux besoins de notre
progéniture), est un film à la fois mélancolique et lumineux, une
œuvre magistrale et complexe, orchestrée de main de maître par
Katell Quillévéré. Il faut dire que le jeu exceptionnel de Damiens
& Forestier, particulièrement investis, aident fortement.

Anecdote : Fan de Leonard
Cohen, Katell Quillévéré confesse avoir recommencé à écrire –
notamment le scénario de « Suzanne » – à la suite
d’un concert du célèbre musicien.
La Bande Annonce de Suzanne :
NOTE : 8/10
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