Le
genre filmique du survival,
en solitaire comme à plusieurs, avec ou sans zombies, se porte bien.
Sans avoir encore délaissé les thématiques post-apocalyptiques,
Hollywood se laisse
peu à peu séduire par des démarches d’auteurs, succès au
rendez-vous. Ses plus récentes et marquantes incarnations ? La
fantastique parabole qu’est « L’Odyssée de Pi »
l’année passée, avec un Oscar pour Ang Lee à la clé. Ou le
spectacle total qu’est « Gravity », immense triomphe
critique et public de ces derniers mois. On peut donc à première
vue se réjouir de voir le géant Universal financer une nouvelle
fable de survie en ermite, soit « All Is
Lost » en salles le 11 décembre prochain.
Et l’ambition du projet
de J.C. Chandor (« Margin Call ») est grande :
transformer Robert Redford, âgé de 77 ans, en héros et unique
personnage d’un film quasi-muet, dans lequel un naufragé jamais
nommé doit, en plein Océan Indien, faire face aux éléments sans
autre allié que sa simple volonté de vivre. Un postulat de départ
qui intrigue à bien des niveaux ; comment, alors, faire exister
et rendre distinguable dans cette optique un personnage sans
backstory ni narration
à rebours, dans un monde de silence où le danger n’est pas
incarné ?

Le pari de mise en scène,
car il s’agit du plus conséquent de tous, est très visiblement
réussi, et ce dès les premiers instants du film. Portée par
l’intouchable Robert Redford, l’ambiance se met en place
facilement, le travail de décors et d’accessoires étant,
contrairement aux succinctes apparences, d’une qualité
remarquable. On s’attache au personnage principal sans même
connaître sa biographie. Pour lui donner vie et humanité, les
détails intérieurs du bateau jouent un incroyable rôle de témoin,
tout comme les gestes appliqués de l’homme d’expérience. C’est
sa vulnérabilité stimulée en crescendo qui séduit le plus quand
les ennuis surgissent et réveillent les instincts les plus
fondamentaux.

A vif, la prestation de
Robert Redford a tout de mémorable. Tourné en bassin artificiel,
« All Is Lost » est d’un réalisme haletant (déplorons
une poignée de fonds verts hideux çà et là), qui doit beaucoup à
son unique acteur. La BO envoûtante d’Alex Ebert renforce sans nul
doute la puissance et la précision de son jeu. Il émeut sans jamais
perdre de sa superbe durant les 1h40 de bobine.
Mais peut-on en dire
autant des événements relatés ? Rien n’est moins sûr,
« All Is Lost » peinant parfois à passionner en
relançant une dramarturgie évidemment fragile. Son introduction
brève et intrigante se révèle par exemple anecdotique et
dispensable, brouillant les pistes à un moment inopportun. Ailleurs,
l’écriture est foudroyée par des « clichés maritimes »
redondants qui affaiblissent l’immersion dans l’expérience
pourtant déjà bien en place. Et que dire du final, contre toute
attente dépourvu de clés narratives aptes à délivrer un message
dépassant les simples actes filmés ?

C’est ce qui
ébranle tout au long du film ; même en gardant à l’esprit
le caractère désiré de la trivialité de ses sujets, « All
Is Lost » confronte le spectateur à des attentes toujours plus
définies par les standards du genre. Très secondaires, les
réflexions métaphysiques sont ici hermétiques et enfouies derrière
un récit qui va droit au but, avec pour conséquence directe de
laisser dubitatif quant à la concrète portée du film, à ses
motifs créatifs. Simple tranche de vie ou double lecture habile mais
inaccessible ? La matière riche de tels sens est en effet bien
présente, et le parallèle biblique avec Job vient vite à l’esprit,
mais Chambor semble négliger les vertus d’un tel écho, pariant
sur une conclusion attendue et à la symbolique hasardeuse (pourquoi
est-ce que tout arrive maintenant ?).
Ajoutons pour terminer
qu’à l’heure actuelle, le film subit une part de marketing
étonnant. Visuellement, il est rapporté comme un film d’action
avec son affiche en pleine tempête, et rien n’indique au
spectateur néophyte le mutisme de son atmosphère. Son accroche
facile « Ne jamais renoncer » évoque aussi une certaine
violence qui, dans la pratique, se révèle sourde et en demi-teinte.
Bilan :
« All Is Lost » est un objet filmique séduisant et
atypique, tour de force comme exercice de style pour un directeur
d’acteur plus qu’un raconteur d’histoire. Robert Redford y
impressionne énormément, seul face à lui-même dans l’immensité
d’un océan en contraste avec la modestie du récit. Une portée
cryptique (ou réduite?) qu’on aurait mieux assimilée sans
l’embarras d’un rythme en dents de scie et de clichés
perturbateurs.

Anecdote
(source : Allocine.fr) : « All
Is Lost » a été tourné en 2012 dans les studios Baja, au
Mexique. Ces studios ont été construits en 1997, pour le tournage
de « Titanic », de James Cameron. Des studios dont Robert
Redford ne garde pas un souvenir impérissable. En effet, l'acteur
s'y est abîmé l'oreille.
La Bande
Annonce de All Is Lost :
NOTE :
7/10
Article
rédigé par Douglas Antonio.
Anti-thèse de "Margin Call" ambitieuse mais le concept a ses limites, 1h40 où il ne se passe rien avec un marin qui semble autiste tellement il ne réagit à rien... 5/10 de justesse
RépondreSupprimerAutiste n'est pas le bon mot je trouve. Il n'est pas hermétique au monde qu'il entoure, il est juste ... solitaire, mais profondément humain (désespéré / affaibli).
SupprimerHaven't started playing Solitaire on your mobile? Download It Now (Works on Android and iOS)
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