
Synopsis Allociné :
Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents
de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco. Le film
raconte les vingt quatre heures qui ont précédé cette rencontre.

La puissance d'un
« Elephant » dans la mise en scène, la portée d'un
« American History X » dans le propos, voilà comment on
pourrait résumer simplement « Fruitvale Station ».
Le fait réel dont est
inspiré « Fruitvale Station » avait fait grand bruit aux
Etats-Unis, en faisant la Une des médias dans tout le pays et en
alimentant les controverses pour plusieurs raisons : tout
d'abord le contexte racial, un policier blanc qui abat de sang froid
un jeune afro-américain, de quoi évidemment soulever les mœurs.
Pour des motifs politiques également : selon l'appartenance
politique des uns et des autres, Oscar était tantôt présenté
comme un saint qui n'avait rien fait de mal toute sa vie, ou comme un
monstre qui n'avait eu que ce qu'il méritait cette nuit-là. On
dénombre également plusieurs émeutes ou rassemblements pacifistes
un peu partout aux USA durant les jours qui ont suivi l'événement,
puis lors du procès. Enfin, le dénominateur commun sociétal :
les témoins ayant filmés cette tragédie à l'aide de leurs
smartphones – les images vidéos disponibles sur toutes les
plate-formes web dans les premières heures après les faits ont été
visionnées des millions de fois – ont pu fournir des preuves
irréfutables pour le jugement. Des raisons qui ont poussé le jeune
metteur en scène Ryan Coogler (26 ans à peine) à « mondialiser »
le propos sous-jacent en réalisant un film. Qui plus est fictionnel
avec l'argumentaire d'un délai rapide de production et une adoption
de point de vue d'un personnage. La démarche est sincère, humaine
et respectueuse, et force est de constater qu'il est impossible de
sortir indemne de « Fruitvale Station ».

« Fruitvale
Station » est, en effet, un long-métrage fort et rageant, qui
brosse dans sa première heure le portrait poignant d'un homme
ordinaire, meurtri par des conflits intérieurs et/ou des tracas du
quotidiens (réinsertion dans la société après avoir purgé une
peine de prison, addiction au cannabis et tentatives désespérées
de sevrage, licenciement, conflits conjugaux …), mais aussi porté
par des vrais espoirs (une volonté de s'en sortir et de se
restructurer, l'amour de sa femme et de sa fille, un entourage
familial encourageant). Bref, un film « narratif »,
qui inscrit le spectateur au plus près du protagoniste principal. On
peut d'ores et déjà saluer 2 points forts : la mise en scène
de Coogler, suffisamment sobre et vivante (les textos qui
apparaissent à l'écran), et la prestation hallucinante de Michael
B. Jordan qui porte le film sur ses épaules et crée aisément
l'empathie chez le spectateur. La charge émotionnelle est accentuée
dans un final tendu et puissant, d'une intensité rare et filmé de
la plus admirable des façons en temps réel.

Gros bémols néanmoins
sur l'académisme et le pathos qui émanent de « Fruitvale
Station », avec l'accent mis en avant sur de nombreux détails
« tire-larmes » : de l'hésitation d'Oscar à se
rendre à sa soirée du réveillon – qui le conduira à son destin
tragique – à l'hypersensibilité auditive de sa fille (le bruit
des pétards), révélée peu de temps avant que son père ne soit
abattu, en passant par le message d'Octavia Spencer, incarnant avec
justesse la mère d'Oscar et implorant quasiment son fils de prendre
le métro (lieu de la bavure policière impardonnable) plutôt que de
conduire sa voiture en potentiel état d'ébriété. Ces éléments
donnent du coup une sale impression de « colère organisée »
pour soulever le public et déchirer les cœurs. Le fait divers
gonflé au pathos pour émouvoir, en somme. Dommage !

Bilan :
« Fruitvale Station » enfonce certes des portes ouvertes,
verse dans le braquage lacrymal sur la fin, est standardisé sur un
scénario à grosses ficelles, mais est pourtant parcouru
d'incroyables fulgurances : la générosité, l'énergie et la
maîtrise de Ryan Coogler, le talent de composition de Michael B.
Jordan, le fait divers point de départ, suffisamment révoltant
pour émoustiller et chagriner.

Anecdote :
Plusieurs amis du réalisateur Ryan Coogler, avec qui ce dernier a
grandi, sont dans le film et interprètent les amis d'Oscar.
Anecdote 2 :
Melonie Diaz, l'interprète de la petite-amie d'Oscar, a passé son
premier rendez-vous avec le réalisateur par Skype.
La Bande Annonce de Fruitvale Station:
NOTE: 6/10
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