
Synopsis Allociné :
Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son
village, décide de passer à l'action. San'er, un travailleur
migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à
feu. Xiaoyu, hôtesse d'accueil dans un sauna, est poussée à bout
par le harcèlement d'un riche client. Xiaohui passe d'un travail à
un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. Quatre
personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine
contemporaine : celui d'une société au développement
économique brutal peu à peu gangrenée par la violence.

Avec le bouleversant « A
Touch of Sin », Jia Zhang Ke, crédité ici scénariste et
réalisateur, autopsie son pays natal et signe un tableau politique
radical – la compagne et la ville sont génératrices de monstres
cupides et avares – et touchant, un authentique kaléidoscope de
personnages abattus par la misère socio-professionnelle. 4 parcours
– un mineur, un travailleur migrant, une prostituée, un éclaireur
– 4 destins sanglants, 1 structure de film choral et surtout 1
mosaïque commune : la violence. Une issue malheureusement
inévitable pour un pays en pleine révolution incontrôlable :
expansion économique démesurée, course à la modernité,
croissance des effectifs, terre déchue de sa fonction d'accueil.
Abandon d'une solution pacifiste, incarnation d'une colère parfois
insoutenable et surréaliste.

Et si Jia Zhang Ke met
l'accent sur ce fait avec justesse, il n'oublie jamais de recouper
les différentes petites histoires (des personnages qui se croisent,
tout simplement) pour unifier un propos et rendre compte d'une Chine
fracturée dans son ensemble.

Gore et pourtant très
drôle à la fois, « A Touch of Sin », cousin lointain de
l'excellent « Chute Libre » (rappelez-vous le brain-out
de D-Fense alias Michael Douglas), voire du non moins remarquable « A
History of Violence » (adapté à l'échelle d'une nation),
étonne de tous les côtés : dans sa mise en scène (des cadres
somptueux, une structure narrative limpide grâce à des montages
parallèles maîtrisés, des couleurs adéquats au ton du film, une
photographie splendide, des plans d'une durée parfaitement ajustée,
des mouvements panoramiques onctueux ponctuant les différents
plans-séquences, un joli mash-up des codes de différents
genres : film de sabres, polar, western, fresque…) jusqu'à la
composition et aux tiroirs ouverts du scénario : habile
utilisation de la violence pour mieux la dénoncer, irruption
d'animaux ici et là, traduction langagière des instincts les plus
primitifs de l'Homme dans cette jungle sociétale chinoise, esprit
cabochard et côté pulp Tarantinesque savoureux, gage d'une
beauté plastique vertigineuse.

Côté casting, si Tao
Zhao est émouvante dans la peau d'une hôtesse d'accueil poussée à
bout et humiliée, ce sont surtout les acteurs Wu Jiang et Wang
Baoqiang qui épatent dans leurs rôles respectifs de mineur et de
travailleur migrant.

Bilan : Avec
« A Touch of Sin », Jia Zhang Ke s'adresse au monde en
examinant les gangrènes d'une société (en l'occurrence, la sienne)
à travers le prisme de l'abandon à la violence, sous la forme d'un
docu-fiction saisissant, lui-même établi comme un pamphlet rageur
mais jamais moralisateur. Puissant, admirable, subversif, magistral.
Un cas d'école !
Anecdote sordide
mais vraie : Aussi fou que ça puisse paraître, il y a un
moment dans le film où une femme se prend au moins une cinquantaine
de coups de liasse de billets (de banque). Dans cette scène, l'homme
qui inflige les coups est en fait le réalisateur Jia Zhang Ke en
personne et la fille, son épouse à la ville, la comédienne Tao
Zhao.
La Bande Annonce de A
Touch of Sin :
NOTE : 9/10
A touch of sin est bien loin d'être un docu-fiction puisqu'il prétend embrasser tous les genres d'un pays parallèlement à différents pans d'une société, et ce en poussant la stylisation de chaque entité visuelle et narrative au paroxysme -ce qui, en soi, est un grand renouveau chez Jia.
RépondreSupprimerOui c'est pas faux ! Je ne connais pas bien la filmo de ce réalisateur, mais je vais m'y pencher.
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