Spike Lee n'étant plus
que l'ombre de lui-même depuis quelques années, à un ou deux
documentaires près, le compteur impatience est en tout cas loin
d'être au plafomètre. Pour ce remake longtemps dévolu à
Spielberg (réalisateur) et Will Smith (acteur principal) avant que
le sort n'en décide autrement (un imbroglio autour des droits
d'adaptation), c'est Mark Protosevich (« Thor », « Je
suis une légende ») qui s'est occupé du scénario. Autrement
dit, rien de bien rassurant à l'horizon. Et ce n'est pas non plus la
bande-annonce du film, parue en juillet 2013 sur la toile, qui
attisait notre curiosité. « Oldboy » est attendu dans
les salles le 1er janvier 2014 et est heureusement doté d'un casting
plutôt impressionnant : Josh Brolin dans la peau du héros
kidnappé, Sharlto Copley dans celle du bad guy, Elizabeth
Olsen en premier rôle féminin et Samuel L. Jackson, 20 ans après
« Jungle Fever ».

Synopsis Allociné :
Fin des années 80. Un père de famille est enlevé sans raison et
séquestré dans une cellule. Il apprend par la télévision de sa
cellule qu'il est accusé du meurtre de sa femme. Relâché 20 ans
plus tard, il est contacté par celui qui l'avait enlevé…

Si « Old Boy »
version coréenne est si réussi, c'est avant tout pour son côté
insolent, amoral et manipulateur, sa noirceur dérangeante, son
romantisme transgressif et sa puissance émotionnelle que ne
renieraient certainement pas les cousins occidentaux Quentin
Tarantino et David Fincher. La virtuosité de la mise en scène (la
composition des plans, la BO frénétique, le rythme survolté et le
montage nerveux, les décors surréalistes, la fameuse baston en
travelling plan-séquence) parachevait de nous combler.
Passé au fourneau
hollywoodien (le terme « fourneau » est plus qu'adéquat
lorsqu'on sait que le film de Spike Lee a été écourté d'1h25 par
le studio afin de rechercher le choc d'une série B avant tout, et ce
contre la volonté du metteur en scène afro-américain), « Oldboy » devient hélas terriblement insipide, lisse et aussi
inoffensif qu'un bébé panda, d'autant plus que son récit original
est aujourd'hui connu de tous et son twist cruel révélé.
Ainsi, les motifs justifiant l'enfermement du héros sont ancrés
dans les mémoires, Mark Protosevich s'amusant simplement à modifier
quelques micro-détails ici et là sans raison apparente (le
nombre d'années de captivité par exemple qui passe de 15 à 20 ans)
... bravo le changement ! De même, si le personnage mentalement
déboulonné de l'original, qui n'a pas su se reconstruire, terrassé
par le poids du passé, est conservé, devenant ici un alcoolique
violent envers son ex-femme, on est profondément déçu que Lee &
Protosevich n'exploitent pas davantage le trauma et les
hallucinations liées à l'enfermement (seulement l'apparition fugace
d'un groom noir flippant).

Côté mise en scène,
c'est le néant ou presque. Tandis que dans le film de Park
Chan-wook, chaque plan, chaque sonorité était méticuleusement
réfléchi, son homologue américain Spike Lee se montre constamment
bourrin et démonstratif, avec abus de dialogues explicatifs et
manque cruel d'inspiration. La réalisation a parfois de la gueule il
faut l'avouer, mais c'est seulement lorsque l'homme derrière les
excellents « Summer of Sam » et « La 25ème heure »
se contente de reprendre les formules de l'original à l'identique
(angles, cadrages, légendaire travelling plan-séquence,
caractérisation et dégaines des personnages, lumière …). Pas
grand chose à se mettre sous la dent donc. Et même l'excellent
directeur photo Sean Bobbitt ne peut rien faire pour relever le
niveau. Pis encore, certaines scènes sont involontairement drôles
(le fils abusé qui se masturbe avant que son père ne le canarde),
et l'ambiguïté morale du film de Chan-wook s'est évaporée lors du
vol Séoul – Hollywood au détriment d'un propos tantôt manichéen
et vulgaire, tantôt trop appuyé (l'aspect religieux avec les notions
de châtiment et de pénitence lors du final). On note enfin que la
violence – très présente dans l'original mais toujours ironique –
devient ici désuet ou voyeuriste.
Quelques bonnes idées
dispatchées à sauver tout de même : les nombreux événements
de l'Histoire américaine qui se déroulent sous nos yeux lors de la
période d'enfermement de Brolin et le casting impeccable :
Brolin confirme tout le bien qu'on pensait de lui en prisonnier
enfermé dans une piaule d'hôtel moisie, nourri comme un clébard,
idem pour la très jolie Elizabeth Olsen (même si son rôle est plus
discret que prévu), et mention pour Sharlto Copley, déjanté en bad
guy.

Bilan : On
attendait sans doute mieux d'un remake d'« Oldboy »
par Spike Lee, réalisateur qui ne peut s'empêcher de délivrer un
message contestataire lors de chaque film ou chaque intervention
publique. Cette cuvée 2013 est aussi inutile que pénible, et si
elle est techniquement relativement solide, elle ne dépasse jamais
le statut de copié / collé du film coréen.

Anecdote :
« Oldboy » de Park Chan-wook a été présenté en 2004
au Festival de Cannes et y a décroché le Grand Prix, la plus
prestigieuse récompense après la Palme d'or. Lors de la conférence
de presse qui a suivi l'annonce des résultats, le Président du Jury
Quentin Tarantino confiait que le film avait failli obtenir la Palme
d'or, mais que le jury lui avait finalement préféré, « à
deux voix près », le documentaire « Farhenheit 9/11 »
de Michael Moore.
La Bande Annonce d'Oldboy:
NOTE: 4/10
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