jeudi 14 novembre 2013

Casse-tête chinois

11 ans en arrière. Romain Duris, alors âgé de 28 ans, s'assoit sur les marches d'un amphi de la fac' de Barcelone en compagnie de son ami Cédric Klapisch, le réalisateur qui l'a révélé dans « Le Péril jeune ». Tous deux assistent, non sans nostalgie, au cours magistral d'un professeur d'Espagnol. Les deux compères ont immédiatement l'idée de tourner ensemble un TV film, calibré Arte, centré sur les voyages étudiants du programme ERASMUS. Aujourd'hui, le troisième volet de la 'Trilogie des voyages de Xavier', intitulé « Casse-tête chinois », sort en salles et s'apprête à filer une grosse mandale au box-office français.
Synopsis Allociné : Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L'Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s'est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l'entraîne cette fois à New-York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier cherche sa place en tant que fils, en tant que père … en tant qu'homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l'instar de New York et de l'époque actuelle, à défaut d'être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d'écrivain …
L'aventure 'Xavier' est décidément excessivement éclatante. Outre une bonne humeur communicative, un montage heurtant, une mise en scène hyper accueillante, des acteurs en jambes, des situations reproductibles, c'est surtout la joie des retrouvailles de personnages que l'on a vu mûrir à l'écran à intervalles réguliers qui nous séduit une nouvelle fois grâce à ce troisième chapitre. De ce côté-là, on ne peut vraiment pas dire que « Casse-tête chinois » bouleverse la règle et c'est donc avec cris d'allégresse qu'on retrouve Xavier (Romain Duris), Martine (Audrey Tautou), Wendy (Kelly Reilly) et Isabelle (Cécile de France) au beau milieu d'un bordel sentimental à New-York. Un peu comme si nous les avions quittés hier, en somme !
Des péripéties new-yorkaises particulièrement crédibles, grâce notamment à la mise en scène de Klapisch (qui a étudié dans la ville il y a 25 ans, CQFD) réaliste, cordiale, contemporaine et loin des clichés habituels de cartes postales. Au programme : des ballades sauvages dans la Grande Pomme à l'aide de plans au steadicam ou via des accessoires fantaisistes revigorants (subway-map, application Google Earth), une séquence délirante format bricolage Gondryien pour résumer les différentes conquêtes de Xavier, un travelling onirique usant d'ombres chinoises, un montage frappé, et enfin une BO pop entraînante signée Loïc Dury.
Mais c'est surtout le regard que pose Klapisch sur la génération des quadras qui nous interpelle et nous emballe. Un peu à la manière de son homologue américain Judd Apatow (« 40 ans : mode d'emploi »), il semblerait que Klapisch évolue dans un univers nostalgique à la recherche des illusions perdues (les rêves de gosse de Xavier, Isabelle qui s'amourache d'une jeune baby-sitter, et bien sûr, le dénouement particulièrement surprenant – mais convaincant), un monde où les dommages du passé sont hélas irréparables et les aspirations hédoniques en pénurie. Une fibre mélancolique étonnante de la part d'un réalisateur réputé pour son habituelle gaieté. En témoigne d'ailleurs les nombreux clins d'œil aux opus précédents : le retour inattendu d'un personnage clé du premier volet, l'apparition fugace du fidèle Zinédine Soualem, la technique de drague qui consiste à tenir fermement la cuisse de son/sa partenaire, le coup de téléphone d'alerte pour couvrir un adultère, les plans sur Duris en train de courir ou de cliquer sur son ordinateur, les saynètes où des philosophes allemands surgissent de nulle part pour calmer les ruminations de Xavier, le réveil sur le canap' avec les cheveux ébouriffés …
Enfin, rassurez-vous tout de même, « Casse-tête chinois » danse sur un rythme décartonnant grâce à son tempo comique enlevé (dix vannes qui font mouche à la seconde, les répliques croustillantes Duris / Tautou, Cécile de France en sortie de boîte de nuit, les scènes de sexe, un caméo très très bref …), ses situations propices à la grosse marrade (un don de sperme, un subterfuge pour obtenir la nationalité américaine et la garde partagée des enfants, une conférence écologique en chinois…) et l'interprétation maîtrisée des comédiens, qu'on devine heureux de se glisser de nouveau dans la peau de personnages cultes.
Bilan : Après le gênant « Ma part du gâteau », très maladroit dans son approche socio-politique, on craignait Cédric Klapisch affranchi de toute odeur de sainteté nationale, et encore plus auprès des critiques qui n'ont eu de cesse de lui reprocher d'utiliser ad nauseam le filon du « film générationnel ». C'était sans compter sur « Casse-tête chinois », excellente conclusion – dosage cette fois parfait entre drôleries, chaleur humaine, dramaturgies et tendresse – de la saga 'Xavier' (amorcée en 2001 par « L'Auberge Espagnole » et poursuivie en 2005 avec « Les Poupées russes »), qui devrait sans doute fédérer le public et la presse.
Anecdote : Lors de l'avant-première au Grand Rex à Paris, Romain Duris, présent dans la salle, s'est adressé à Cédric Klapisch, également convié : « peut-être bien qu'on se retrouvera pour un quatrième volet ? ». Riposte brève et rapide du réalisateur français « C'est une trilogie sur l'imprévisibilité de la vie, alors je réponds que … la vie est imprévisible ».
Anecdote 2 : Cécile de France n'a pas hésité à relancer régulièrement le cinéaste pour qu'il mette en boîte ce troisième volet.
La Bande Annonce de Casse-tête chinois:
 
 
NOTE: 8/10

2 commentaires:

  1. Les deux premiers volets sont devenus des classiques.
    Après m'être tant attachée aux personnages, j'irais voir ce film rien que pour voir comment ils ont évolué.
    On en attend autant de Romain Duris que des autres.

    Pour des news sur l'industrie du cinéma Espagnol c'est par ici

    Blog: http://www.carlospuech.com.es/
    Web: http://www.carlospuech.es/

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