vendredi 9 novembre 2012

Argo

« Argo », troisième prouesse de Ben Affleck en qualité de réalisateur, après les excellents « Gone Baby Gone » et « The Town » ? C'est en tout cas ce que les premiers échos laissaient planer des deux côtés de l'Atlantique sur ce long métrage inspiré de faits réels, et dont l'affaire fut rendue publique il y a seulement 15 ans.
Synopsis (source : Allociné) Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l'ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s'échapper et à se réfugier au domicile de l'ambassadeur canadien. Sachant qu'ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l'exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu'il ne pourrait exister qu'au cinéma.
Les mièvreries des années 2000 de Ben Affleck acteur, « Daredevil » et « Paycheck » en première ligne, font quasiment figure de mal pour un bien, tant elles auront permis de mettre en lumière le Ben Affleck réalisateur. Conversion réussie pour un type qui valide une véritable carrière, y insufflant film après film une vision très personnelle du sujet abordé. La griffe Affleck existe désormais.
Le talent d'Affleck en réalisateur se situe dans le fait qu'il nous gratifie ici d'une mise en scène soignée, à la fois poignante et percutante, mais aussi nettement décomplexée, sans auto-satisfaction. Les premiers pas derrière la caméra sont bel et bien franchis, et même concluants donc. Envolés le doute et à la naïveté des débuts. Tout est impeccablement huilé. En témoigne la fabuleuse scène d'introduction d'émeute, filmée à la Greengrass, caméra au poing, ou encore la séquence du bazar de Téhéran à la photographie brute et granuleuse. Soulignons enfin l'aspect vintage d'« Argo », qui rend hommage aux films d'espionnage de cette époque.
Le fond du sujet également à notifier car, si l'on avait déjà eu affaire aux films politiques (« Syriana », « Les marches du pouvoir ») voire aux thrillers politiques (« The assassination of Richard Nixon », « The constant gardener »), il semblerait que Mr Affleck ait réussi à créer ici un genre nouveau, le spectaculaire thriller politique d'action, l'ensemble assaisonné d'un humour insoupçonné, à priori improbable.
D'un pitch de départ peu racoleur qui avait toutes les chances de faire basculer le long métrage vers du pathos, sinistre et ennuyeux, pédalant dans la choucroute, Affleck tire une histoire vraie, dingue, secrète, tout à l'honneur des Américains, sacrément bien fichue et mieux encore, capable d'ironiser sur Hollywood. « Argo », machine programmée pour les Oscars, ne se limite heureusement pas à cette seule ambition. C'est aussi sous nos yeux ébahis un malicieux sens de l'auto-dérision, pimenté d'une pointe de réflexion sur le septième art qui a tout pour nous séduire.
Quant au cast', si Affleck a prouvé qu'il savait bien s'entourer dans ses réalisations précédentes (Morgan Freeman et Ed Harris pour « Gone Baby Gone », Jeremy Renner dans « The Town »), il franchit avec « Argo » un nouveau pas, s'offrant un casting 5 étoiles, tout bonnement incroyable. Chacun est à son aise, que ce soit Bryan Cranston, parfait en supérieur hiérarchique d'Affleck l'acteur, ou encore le crew derrière le faux film « Argo » composé de l'irrésistible John Goodman et du doyen Alan Arkin. Ne pas oublier, mention particulière pour les six « otages » Américains, éloquents dans leur jeu d'acteur, une épice supplémentaire à la force d'« Argo ».
Quelques petites tâches hostiles au perfect : la bande originale molle et mielleuse, pourtant signée Alexandre Desplat, et ainsi qu'un final qu'on aurait souhaité moins patriotique (piège évité jusque là), même s'il apparaît ici légitime.
Conclusion : Un film malin et haletant, en forme de starting block pour Affleck au box office.
 
La Bande Annonce d'Argo:
 

6 commentaires:

  1. Bonne critique, je suis globalement d'accord avec tout ce que tu dis ^^
    J'ai honte, j'avais même pas remarqué que la BO était de Desplat :o

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    1. En même temps, ça ne se voit strictement pas.

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  2. Bonne critique! On passe vraiment un bon moment devant ce film. Comme tu dis, on peut regretter la petite musique patriotique finale ;) mais ca ne gache rien.

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