vendredi 11 octobre 2013

Prisoners

Après l'excellent et multi-récompensé « Incendies », le québécois Denis Villeneuve reçut un certain nombre de propositions alléchantes. Parmi elles, « Prisoners », un polar d'une noirceur redoutable, écrit par Aaron Guzikowski (scénariste du navrant « Contrebande »), qu’il a choisi de réaliser pour son baptême de feu hollywoodien. « Prisoners » réunit pour la première fois sur grand écran les stars Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal et est produit par … roulement de tambours … Mark Wahlberg (!!). Sortie programmée en France le mercredi 9 octobre.
Synopsis Allociné : Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d'Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entraînant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l'irréparable … Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s'amenuisent …
Disons-le d’emblée, « Prisoners » est une franche réussite. Un pur polar sec et haletant, dont la tension permanente – à glacer le sang – ne cesse réellement qu'en franchissant les portes battantes de la salle. Une écriture au cordeau, des références en pagaille (« Se7en », « Zodiac », « Lovely Bones », les adaptations des romans bostoniens de Dennis Lehane « Gone Baby Gone » et « Mystic River », le film franco-néerlandais « L’homme qui voulait savoir » de George Sluizer …), une mise en scène audacieuse et soignée, un casting solide, une photographie à tomber, redevable au brillant Roger Deakins, sont les précieux atouts de « Prisoners », un titre qui renvoie non pas au système carcéral comme on aurait pu le croire, mais plutôt à l'état d'esprit du film, dans lequel « chaque personnage est, d'une manière ou d'une autre, prisonnier des circonstances, de ses propres démons ou de la peur », dixit Denis Villeneuve.
L’intrigue est certes « basique » au premier abord – pour résumer, la disparition de deux enfants et les recherches qui s’en suivent – mais prend judicieusement son temps (chose rare à Hollywood) et se déroule sur un système deux vitesses, l’enquête d’un policier taciturne d’un côté, les actes impulsifs du père de famille désespéré de l’autre. Une excellente idée à vrai dire, puisque si « Prisoners » est magistral, c’est en effet car Denis Villeneuve et Aaron Guzikowski poussent le récit bien au-delà de la simple investigation policière pour l’emmener vers des contrées dangereuses : celles des dilemmes moraux. Dans « Prisoners, aucun personnage n’est irréprochable, et il est toujours question pour chacun de se confronter au principe de réalité : la fin doit-elle justifier les moyens ? En d’autres termes, un flic peut-il mettre à sa disposition toutes les combines nécessaires afin de retrouver deux gamines portées disparues ? Un père désemparé est-il autorisé à faire justice lui-même ? Des débats brûlants, controversés et évidemment très actuels si l’on se réfère par exemple à la récente histoire du bijoutier et le million et demi de likes sur sa page (Facebook) de soutien.
Des questionnements éthiques qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un certain « Se7en », dont l’héritage paraît plus que patent ici : on retient, outre l’ambiguïté morale et les choix discutables des personnages, la pluie diluvienne et la photographie jaunâtre engendrant une atmosphère lourde, lugubre, oppressante et éprouvante, la course-poursuite à pieds pour tenter de stopper un suspect, la détresse face à l’insupportable, et surtout la fascination pour le mal / le sordide avec comme exemple probant une séquence où des journalistes s’empressent d’interviewer une famille bouleversée.
Notons que le tandem Denis Villeneuve / Aaron Guzikowski jettent parallèlement un regard critique foudroyant sur l’Amérique, un peu à la manière d’un William Friedkin (pas étonnant donc que le bonhomme ait complimenté le film via son compte Twitter personnel). Au programme : les failles du système juridique, l’utilisation aberrante de la torture, l’omniprésence de la religion pour se dédouaner de fautes absurdes (des zooms sur des croix, le recours facile aux « Notre Père » pour arranger les choses …), les vertus de la famille prônées en permanence, la dangerosité des médias.
D’autres influences se font sentir : l’écrivain Dennis Lehane – probablement pas un hasard si l’action se tient près de Boston – et bien sûr, les transpositions ciné de ses romans par Clint Eastwood et Ben Affleck. La caractérisation des personnages, l’empathie pour ces derniers, le côté vigilante (« Mystic River », « Gran Torino »), le montage (« l’assembleur » de « Prisoners », Joel Cox, est le monteur attitré d’Eastwood), la progression de l’intrigue, la symbolique … autant d’artifices qui rappellent les thrillers du vieux ronchon Eastwood.
Enfin, on pense au thriller méconnu « L’homme qui voulait savoir », avec des similitudes pourtant de premier plan : les angoisses de perte d’objet, le désir et la peur de connaître la vérité, le climat malsain, la fin atroce, le personnage fou de rage prêt à commettre l’irréparable, le bourreau qui kidnappe ses victimes en plein jour à l’aide de sédatifs, le protagoniste interprété par Donnadieu …
Sur un plan purement technique, on peut saluer la mise en scène extrêmement maîtrisée de Denis Villeneuve. Le réalisateur offre de croustillants moments de cinéma en installant une tension Zodiacienne à l’aide de choix visuels pertinents : les arbres « dénaturés », les lumières artificielles, le sale temps, la nuit … De même, on est stupéfait du travail réalisé par la chef costumière pour « habiller » les personnages : les dégaines de Jake Gyllenhaal (cure-dents, gomina dans les cheveux, tics palpébraux, tatouages mystiques) et de Hugh Jackman (jean délabré, blouson en cuir, binge drinking syndrome) illustrent à la perfection la sensibilité à fleur de peau qui les habite.
D’ailleurs, passons en revue le casting : Hugh Jackman a troqué le temps d’un film ses griffes de « Wolverine » pour les habits du père de famille dévasté. Bonne initiative Hugh ! A ses côtés, Jake Gyllenhaal n’est pas en reste et poursuit sur son incroyable lignée « Le Secret de Brokeback Mountain », « Jar Head », « Zodiac » (tiens, tiens), « End of Watch » et aujourd’hui « Prisoners ». La révélation de « Donnie Darko » semble avoir bien grandi et fait désormais figure d’acteurs qui comptent dans le trombinoscope hollywoodien. L'excellent Paul Dano incarne, quant à lui, l'énigmatique Alex Jones, rapidement soupçonné d'être le bourreau, un rôle pas si éloigné de celui qu’il tenait dans le mitigé « Taking Lives ». Terrence Howard, Maria Bello, Viola Davis et l’inquiétant David Dastmalchian complètent la distribution en or de « Prisoners ».
Dernière prouesse : la bande-son, composée par Johan Johansson, qui participe efficacement à intensifier le climat angoissant de « Prisoners ».
Seule et unique réserve : le dernier acte, un chouïa rapide, en forme de résolution Scooby-Dooienne, qui vient lever le pied sur l’anxiété distillée jusqu’alors en parcourant un chemin beaucoup plus balisé. Mais fort heureusement, le dernier plan du film, absolument fantastique, rattrape quasi instantanément le fil.
Bilan : « Prisoners » est un polar captivant, prodigieusement écrit et interprété, d'une noirceur sauvage, teinté d’un discours acerbe sur les USA, et qui sait prendre son temps. On en sort la boule au ventre. L’un des coups de cœur de l'année.
Anecdote (source : Allociné) Johann Johansson a été chargé de la composition de la bande-son du film. Sur demande du réalisateur, il a réalisé des morceaux accentuant le parcours émotionnel des personnages. Johansson a donc décidé d'associer un orchestre, avec de nombreux bois et instruments à cordes, à deux instruments moins connus : les ondes Martenot, précurseurs du synthétiseur, et cristal Baschet, qui produit des sons à partir des vibrations de cylindres de verre. Le compositeur déclare : « Ce mélange génère une musique délicate, lisse et froide qui souligne la tension du film ».
 
La Bande Annonce de Prisoners:
 
 
NOTE: 9/10

7 commentaires:

  1. excellent thriller, ça faisait longtemps.... 3/4

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  2. tout est dit dans tes critiques.. Ce film est une sacré réussite !

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  3. Prisoners est un thriller haletant que les amateurs du genre devraient visionner. J’ai aimé la prestation de Jackman, qui était parfait dans le rôle qu’il a campé. Gyllenhaal est, comme à son habitude, très juste dans sa manière de jouer. Pour info, j’ai téléchargé ce film via l’application : https://itunes.apple.com/fr/app/playvod-films-et-series-en/id689997717?mt=8

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