jeudi 16 mai 2013

[Rétrospective #6] Gatsby le Magnifique | Jack Clayton



Gatsby le Magnifique (1974) | Jack Clayton
 


 

Le célèbre roman éponyme de F. Scott Fitzgerald est objet de fortes convoitises du septième art. Adapté sur grand écran (en muet) dès 1926 par Herbert Brenon avec Warner Baxter, il est repris en 1949 par Elliott Nugent, puis en 1974 par Jack Clayton avec Robert Redford. Présenté lors de l’ouverture du 66ème Festival de Cannes, le remake est cette fois-ci signé Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio dans le rôle-titre : l’occasion de revenir sur la version de Clayton, la plus connue jusqu’alors.
Au début des années 1920, dans une débauche de luxe, d'alcool et d'argent, un mystérieux personnage s'installe à Long Island dans un domaine incroyable d'extravagance. Qui est ce charmant et légendaire Gatsby dont les fêtes attirent toute la société locale ? Les rumeurs les plus folles circulent. Un espion ou un gentleman anglais ? Un héros de guerre ou un mythomane ?
Adapté par Francis Ford Coppola, le film de Jack Clayton est réussi sur le plan de son scénario. Fidèle au roman, chaque personnage s’éveille doucement face à la caméra faisant comprendre au spectateur tout ce que luxe et faste cachent sous leur apparence dorée. L’essentiel de l’œuvre y est, le scénario soigné laisse tout de même transparaître la « patte Coppola » avec des personnages profondément dramatiques et bornés. Critique de la vie frivole et vaine de ce microcosme mondain, toute l’ambiance de la haute aristocratie américaine en mal de vivre est parfaitement retranscrite.


 
Cette atmosphère est d’ailleurs valorisée par une photographie diaphane – bien que parfois un peu trop mielleuse – de Douglas Slocombe, traduisant la féérie des grandioses fêtes et du passé idéalisé. La bande originale de Nelson Riddle colle précisément à l’envoûtant milieu « Roaring Twenties » recréé grâce à de somptueux costumes et décors – d’ailleurs primés aux Bafta Awards et Oscars de 1975 – délivrant une esthétique captivante et élégante.
 

Les personnages, tous aussi superficiels et hypocrites, sont en accord avec les écrits de Scott Fitzgerald mais la direction des acteurs rate l’irréprochable. Robert Redford, charismatique au possible, dégage un grand pouvoir de séduction avec mesure et justesse, permettant de toujours conserver le doute sur son personnage plus que mystérieux. Néanmoins, Mia Farrow minaude et pleurniche en permanence. L’héroïne s’élève de façon détestable tout au long du film, atteignant très clairement la limite de l’énervement et de la niaiserie. Bien que le rôle se veuille antipathique, il frôle le zèle en laissant un goût amer. Une performance discutable. Une ombre au tableau vite gommée par la prestation de Sam Waterson, qui campe un voisin crédible et pertinent.
 

L’ensemble souffre malheureusement d’une mise en scène peu convaincante. Trop académique et avec un manque d’audace certain, la réalisation de Jack Clayton adopte des dialogismes visuels trop faciles et outranciers (les nombreux couchers de soleil par exemple). L’absence de dynamisme avec ses prises de vue de type série Z enlise le film dans des longueurs. On endure un rythme trop irrégulier où les enchainements manquent cruellement de finesse.
 
Gatsby Le Magnifique de Clayton avait tout pour réussir : un scénario solide tiré d’une œuvre littéraire à succès, de bons acteurs évoluant dans des décors admirables. Mais faute de brio, à cause d’une réalisation plate et sans saveur, ce long-métrage se révèle « radieusement fade ». La question est alors toute posée : Baz Luhrmann saura-t-il faire preuve d’originalité et de dynamisme pour mettre en scène cette histoire si ensorcelante qu’est celle de Gatsby ?

Article rédigé par Cléa Carré

2 commentaires:

  1. J'avais envie de le voir avant d'aller voir la version 2013, mais j'ai été découragé par les critiques tièdes que j'ai lu...
    Tu sembles leur donner raison.

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    1. Les critiques sont bien tièdes en effet

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