mercredi 7 août 2013

Lone Ranger, Naissance d'un héros

Après avoir donné un sacré coup de fouet aux films de pirates grâce à la très lucrative franchise « Pirates des Caraïbes », la Dream Cream au gouvernail, égérie de la maison Mickey (Gore Verbinski à la réalisation, Jerry Bruckheimer à la prod', Johnny Depp face caméra, le tandem Terry Rossio & Ted Elliott à la plume, et enfin Hans Zimmer à la musique), refait équipe aujourd'hui pour une adaptation ciné d'une série us des 80's, « Lone Ranger, Naissance d'un héros ».
Échec cuisant au box office us il y a quelques semaines – un premier week-end à 30 millions de dollars, 86 millions récoltés en un mois et à peu près autant dans le reste du monde, tout ça pour un budget maousse de 215 millions de billets verts – « Lone Ranger, Naissance d'un héros », réputé pari fou de l'été 2013, s'apprête pourtant à faire des étincelles à travers l'hexagone, grâce à la notoriété toujours au beau fixe de son interprète principal, l'acteur iconique Johnny Depp.
Synopsis Allociné : Tonto, le guerrier indien, raconte comment John Reid, un ancien défenseur de la loi, est devenu un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption. Le tandem fait des étincelles et entraîne le public dans un tourbillon de surprises et d'humour.
Ressusciter une figure pop méconnue en dehors des Etats-Unis, le défi était de taille. Mais hélas, western & blockbusters font rarement bon ménage à Hollywood, comme en témoigne les titres suivants : « Wild Wild West », « Jonah Hex », « Cowboys & Envahisseurs ». Les projets alternatifs sont, à contrario, souvent synonymes de bonne qualité (et de meilleure rentabilité?), rappelez-vous « True Grit », « Django Unchained », « Open Range », « Appaloosa », « 3h10 pour Yuma » et « L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ». Où placer « Lone Ranger » dans ces listes ? Et bien, au milieu à vrai dire, car s'il est loin d'être la purge annoncée, le nouveau long métrage de Gore Verbinski s'inscrit malencontreusement un peu trop dans la veine de la saga pirate initiée par ses propres soins.
« Lone Ranger » fonctionne effectivement exactement comme un « Pirates des Caraïbes » propulsé à la sauce Far West. Johnny Depp a troqué l'uniforme de Jack Sparrow contre celui du guerrier indien au look punk Tonto, Orlando Bloom est remplacé ni vu ni connu par Armie Hammer dans la peau d'un justicier masqué qui lutte contre la corruption. On retrouve même les personnages secondaires idiots comiques Pintel (Lee Arenberg) & Ragetti (Mackenzie Crook), cette fois métamorphosés en une seule et même personne : le cowboy travesti Frank, incarné par le comédien Harry Treadaway.
De l'autre côté de la caméra, rien a bougé ou presque. La paire de scénaristes Terry Rossio & Ted Elliott, épaulé par le script doctor Justin Haythe (« Les Noces rebelles »), conservent les gimmicks des flibustiers et se contentent de transposer la formule magique à l'époque du western : structure narrative quasi identique, mystère sur les motifs qui portent le personnage incarné par Depp à vouloir se venger, héros moins charismatique que le sidekick, brave homme de droit qui a quelque chose à (se) prouver et pour cela, deviendra hors-la-loi, climax amoindri par l'humour, répliques diabolisées par un second degré, certes assumé, mais bourratif …
Deux nouveautés malgré tout. La première, plutôt bien sentie bien qu'attendue, consiste en une réflexion critique sur les USA, sans rentrer dans les détails et être trop scolaire. Une sorte de réécriture de l'Histoire afin d'expliquer les raisons qui ont poussé les Indiens & les Cowboys à s'opposer pendant de très longues années. La seconde est en revanche nettement moins tolérable : des ruptures de ton malvenues, faisant osciller « Lone Ranger » entre le film badass (le bad guy qui avale le cœur d'un protagoniste tout cru) et le pop-corn movie nourri de boutades exécrables dont seul Walt Disney Pictures a le secret (Armie Hammer traîné par terre dans les excréments de cheval, l'urine de Depp utilisée pour stériliser une aiguille...).
Que dire d'autre de « Lone Ranger » ? Gore Verbinski, auteur sous-estimé complètement insolent, s'amuse comme un fou avec sa caméra, de la même manière qu'il s'amusait à filmer la mythologie pirate sous tous les angles. Rajoutez à cela l'oseille fournie par l'ami mogul Jerry Bruckheimer et vous obtiendrez un spectacle gonzo hystérique et fascinant, mijoté à l'aide de plusieurs séquences frénétiques et follement distrayantes, comme la scène finale, une « interminable chevauchée sur voies ferrées » (future attraction d'un parc Dinseyland?), succession de cascades cartoonesques hilarantes que ne renieraient pas les artisans d'Amblin Entertainment (Spielberg évidemment – les deux scènes de train sifflent comme un hommage à « Indiana Jones » – Joe Dante, Joe Johnston), honorées par le sublime score du père Zimmer, accompagné de l'ex-membre des « White Stripes » Jack White. On peut également se réjouir du respect de Verbinski vis-à-vis des codes du genre : impossible de ne pas citer l'influent John Ford, les horizons, les grands espaces, une silhouette. Ainsi les localisations de tournage, sur plusieurs Etats de l'Ouest américain, notamment le Nouveau-Mexique et ses paysages somptueux, s'avèrent très profitables.
Face caméra, Johnny Depp, maquillé jusqu'au bout des pieds, fait tellement le zouave qu'il en devient amèrement agaçant, Armie Hammer peine à s'imposer malgré sa stature de beau gosse et sa voix de stentor, Helena Bonham Carter fait office de figuration et n'a rien à foutre là, William Fichtner est convaincant en vilain au physique ingrat, Tom Wilkinson ne dégage aucun charisme, Ruth Wilson joue les faire-valoir, James Badge Dale & Barry Pepper ne sont présents à l'écran que de façon succincte. Bref, mauvaise pioche sur tous les fronts.
Bilan : Le collectif à la tête de cette adaptation cinématographique des aventures d'un des plus grands personnages de fiction de la pop culture américaine, dont les premières histoires furent contées à la radio en 1933, avant d'être déclinées à maintes reprises à la télé et au cinéma, est le même que l'équipe gagnante de la licence « Pirates des Caraïbes ». Aucune surprise donc sur le plan scénario ou casting, puisque le crew se contente de reconduire la recette. C'est du côté de la mise en scène qu'il faut chercher son bonheur, avec quelques trouvailles absolument prodigieuses (tout le dernier acte grotesque mais assumé).
Anecdote (source : Allociné) : Comme pour Jack Sparrow dans « Pirates des Caraïbes », Johnny Depp a lui-même construit sa propre vision du personnage de Tonto avec le maquilleur Joel Harlow, avant de tenter de convaincre les producteurs de réaliser le film – et de lui donner le rôle. Le maquillage de l'acteur est en réalité une réplique exacte du tableau « I Am Crow » de Kirby Sattler, que Joel Harlow a découvert en 2009 lors du tournage de « Rhum Express ».

La Bande Annonce de Lone Ranger, Naissance d'un héros:
 
 
NOTE: 6/10

3 commentaires:

  1. Un très bon divertissement mais en-deça des attentes, Depp faineant, des flashforwards maladroits et des FX pas toujours à la hauteur... 2/4

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