dimanche 19 janvier 2014

Les Brasiers de la Colère

« Les Brasiers de la Colère » est le second film du réalisateur Scott Cooper, réalisateur qu'on avait pu voir à l'œuvre en 2009 avec « Crazy Heart », lauréat de deux Oscars dont un pour son interprète principal : Jeff Bridges. Ce premier long-métrage ayant marqué les esprits, Scott Cooper a logiquement gagné le droit de s'entourer de beau monde pour son second essai au poste de metteur en scène. Christian Bale, Casey Affleck, Woody Harrelson, Forest Whitaker, Willem Dafoe, Sam Shepard et Zoë Saldana offrent tout leur talent devant la caméra tandis que Leonardo DiCaprio, Ridley et feu Tony Scott officient derrière, à la production. Ce casting de renom s'attache à dépeindre le mieux possible ce qui apparaît comme être l'un des thèmes de prédilection du réalisateur : une réalité dure où la misère socio-économique est hélas reine.
Synopsis Allociné : À Braddock, une banlieue ouvrière américaine, la seule chose dont on hérite de ses parents, c’est la douleur. Comme son père, Russell Baze travaille à l’usine, mais son jeune frère Rodney a préféré s’engager dans l’armée, en espérant s’en sortir mieux. Pourtant, après quatre missions difficiles en Irak, Rodney revient brisé émotionnellement et physiquement. Lorsqu’un sale coup envoie Russell en prison, son frère cadet tente de survivre en pariant aux courses et en se vendant dans des combats de boxe. Endetté jusqu’au cou, Rodney se retrouve mêlé aux activités douteuses d’Harlan DeGroat, un caïd local sociopathe et vicieux. Peu après la libération de Russell, Rodney disparaît. Pour tenter de le sauver, Russell va devoir affronter DeGroat et sa bande. Il n’a pas peur. Il sait quoi faire. Et il va le faire, par amour pour son frère, pour sa famille, parce que c’est juste. Et tant pis si cela peut lui coûter la vie.


Psychologique et réaliste sont probablement les deux adjectifs qui décrivent le mieux « Les Brasiers de la Colère ». Braddock, petite ville de Pennsylvanie désertée par la population locale, peut être considérée comme le personnage principal du film. Cette commune de la Rust Belt, où le seul moyen de gagner sa vie est de travailler à la sueur de son front à l'usine, quitte à se flinguer la santé, personnifie immédiatement l'état d'âme des environs : un contenant dénué d’espoir. Scott Cooper traite spécifiquement de la classe ouvrière américaine qui doit lutter quotidiennement pour (sur)vivre. Il trouve en Christian Bale un interprète de choix pour incarner les émotions impliquées par ce contexte. L'acteur livre comme à l’accoutumée une performance magistrale et parvient à transmettre, avec son visage abîmé et pudique, les affres d'une vie esquintée un peu plus chaque jour par le travail du métal éreintant.
La mise en scène, à la fois dure et intimiste, frappe l’inconscient face à la situation des personnages et à la dureté des drames auxquels ils font face. S'il s'agit là indéniablement du point fort des « Brasiers de la Colère », c'est également l'un de ses défauts. Souvent trop appuyé par ces phases psychologiques assommantes, le long-métrage pâtit d’un rythme mou et de transitions longuettes. Alors même que le spectateur comprend le désespoir des protagonistes et qu'une once de joie n'est pas envisageable, Scott Cooper se sent obligé d'en rajouter une couche à plusieurs reprises pour susciter l'empathie. Au bout du compte, l'effet escompté ne fonctionne plus vraiment, ce d'autant plus que les péripéties qui alimentent ce nihilisme ont déjà été rabâchées maintes fois au cinéma (« Voyage au bout de l’enfer », Andrew Dominik, William Friedkin) et ne sont pas aidées par les seconds-rôles, qui manquent cruellement de profondeur, voire de consistance (Zoë Saldana notamment, qui a beaucoup de mal à tirer à trouver sa place).
Conçu sur un moule connu et facilement identifiable (on passe du drame au thriller jusqu'à l'inévitable dernière partie façon dual), le classicisme et la mollesse dont fait preuve le long-métrage n'aident pas vraiment à captiver l’audience jusqu'au bout. C'est donc dans un ennui poli que le spectateur se fraie un chemin jusqu'à l'épilogue pour lequel Cooper semble avoir gardé ses dernières ressources. Désespéré et inéluctable, « Les Brasiers de la Colère » se clôture sur de belles images, qui masquent à peine la déception quant au constat final.
Bilan : Porté par un réalisme en béton-armé et l'interprétation d'un Christian Bale au dessus de tout, « Les Brasiers de la Colère » n'a pas la fureur et l'incandescence qu'impliquent son titre. Même s'il est cohérent jusqu'au bout dans sa mise en scène du désespoir couleur rouille, « Les Brasiers de la Colère » patauge : l'intrigue peine à captiver à forcer de ressasser, sans innover, des arcs narratifs au goût de déjà-vu.
Anecdote : Pour les besoins d'une scène où le personnage de Woody Harrelson sort dans la rue afin de regarder autour de lui si personne ne l'observe, Christian Bale est resté dans la voiture garée plus loin et ce même si Harrelson ne pouvait le voir de cette distance (et que Bale n'apparaît pas à l'écran !). Harrelson se souvient : "Christian est resté assis dans cette bagnole pendant plus d’une heure, simplement pour m’aider à me représenter cette présence invisible. C’est l’une des choses les plus impressionnantes qu’un autre acteur ait faites pour moi."



La Bande Annonce du film Les Brasiers de la Colère :


NOTE : 5/10


Article rédigé par Guillaume Seeleuthner

12 Years A Slave

Après la grève de la faim (« Hunger ») et l'addiction au sexe (« Shame »), le cinéaste engagé Steve McQueen s'attaque aujourd'hui à l'esclavage avec « 12 Years A Slave », co-produit par Plan B, la boîte de Brad Pitt. Doté d'un casting 10 étoiles (Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, Paul Dano, Paul Giamatti, Scoot McNairy, Brad Pitt), le film, inspiré des mémoires de Solomon Northup, a largement fait le buzz outre-Atlantique en recevant un accueil extrêmement positif de la part des critiques et en s'offrant une place de favori dans la course aux Oscars 2014. Lauréat du Golden Globe du meilleur film dramatique, « 12 Years A Slave » est en effet nommé dans neuf catégories aux Academy Awards, dont celles de meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.
Synospsis Allocine.fr : Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme originaire de l'État de New-York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d'un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie...
Steve McQueen a beau être arrogant et prétentieux en interviews, voire souvent moraliste à travers ses films, il n'en demeure pas moins un metteur en scène talentueux et charismatique, considéré par certains comme « le successeur de Spike Lee ».

Mené par un casting exceptionnel, « 12 Years A Slave », son troisième long métrage, clairement son plus ambitieux de tous – une incursion dans la Louisiane des années 1840 à travers le regard du jeune noir Solomon Northup, bien intégré dans la société puis kidnappé avant d'être vendu comme esclave dans cet état sudiste et apprivoisé « Platt » par ses maîtres – est un film âpre, douloureux et tourmenté, fondamentalement nécessaire, qui pêche cependant par une narration trop académique et une mise en scène assez inégale.
Steve McQueen, imprégné d'une volonté de respecter son sujet et d'être fidèle à la virgule près au récit autobiographique de Northup, livre, en effet, un long métrage perturbant, au propos souvent bouleversant (le racisme, voire mieux, l'inhumanité barbare, relève d'idées délirantes, à l'instar du nazisme), mais qui a du mal à transcender le spectateur, notamment à cause d'une mise en scène bancale, tantôt pudique, tantôt démonstrative.
McQueen s'obstine à étirer ses plans fixes et ressent le besoin de montrer la cruauté et l'ultra-violence (le réveil des esclaves au beau milieu de la nuit par Fassbender, simplement pour les faire danser pour le plaisir de son épouse, les coups de fouet distribués plutôt par sadisme que pour punir) plutôt que de la suggérer. De même, on est désarçonné par quelques phrases chocs faciles (« My freedom is everything », « There is nothing to forgive ») et la progression du récit, qui suit une trame vraiment très classique – l'histoire d'un homme qui tente de rejoindre sa famille racontée à la première personne – pour s'achever sur un épilogue tire-larmes malvenu.
Néanmoins, le metteur en scène britannique apporte suffisamment de nuances ailleurs, notamment lorsqu'il aborde la religion et la conviction inébranlable de certains blancs que l'esclavage est dicté par la Bible, qu'on lui pardonne aisément cette réalisation en demi-teinte.
Saluons comme atout indéniable un casting remarquable dans son ensemble, de Michael Fassbender parfait en bourreau sauvage et sans cœur à Lupita Nyong'o, véritable révélation du film, en passant bien évidemment par Chiwetel Ejiofor, comédien au jeu subtil, et Benedict Cumberbatch, admirable en esclavagiste bienveillant.
Il faut également applaudir l'esthétique de qualité de « 12 Years A Slave », saillante grâce à un travail de reconstitution de la Louisiane des années 1840 extraordinaire, ainsi qu'une photographie magnifique, signée Sean Bobbitt, composée de plans impressionnants, d'une beauté saisissante (les corps abîmés, l'amoindrissement de l'espoir dans les regards, le visage profondément blessé d'Ejiofor, les champs de coton). Dans ce paysage artistique fabuleux, seule la composition musicale de Hans Zimmer, plutôt répétitive, voire parfois encombrante, fait un peu tâche.

Bilan : Le plus grand pêché de l'Amérique révélé par Steve McQueen. Film irrégulier, moyennement servi par une mise en scène instable, mais porté par un casting exemplaire et un message important.
Anecdote : Michael Fassbender retrouve Steve McQueen après que ce dernier l'ait dirigé dans « Hunger » et « Shame ». Il collabore également pour la troisième fois avec Brad Pitt, qui enfile ici la double casquette d'acteur / producteur, après l'avoir côtoyé dans « Inglourious Basterds » et « Cartel ». Enfin, notons que Michael Fassbender et Benedict Cumerbatch sont tous deux actuellement en pourparlers avec Disney pour participer au 7ème volet du space opéra « Star Wars », que réalisera J.J. Abrams.

La Bande Annonce de 12 Years A Slave:


NOTE: 6,5/10 

samedi 18 janvier 2014

Jamais le premier soir

Dans le waï des sorties du 1er janvier (« Oldboy », « La Vie rêvée de Walter Mitty », « Paranormal Activity : The Marked Ones », « Du Sang et des larmes », « Nymphomaniac »), on notait également la comédie française « Jamais le premier soir », produite par le « Nul » Dominique Farrugia et portée par le trio Alexandra Lamy, Mélanie Doutey, Julie Ferrier. Chez les garçons, Jean-Paul Rouve et Julien Boisselier crédités au générique. Incroyable constat : cette romcom, dirigée par la novice Melissa Drigeard, s’est payé le luxe de réaliser 64087 entrées le premier jour de sa sortie. Succès public mérité ou nouveau calembour au pays de la comédie française ?
Synopsis Allociné : Julie est une jeune femme pétillante mais continuellement malheureuse en amour. Se faire larguer par coursier à son travail semble donc lui porter le coup de grâce. Mais le livre « le bonheur, ça s’apprend » devient sa bible et elle en applique les conseils à la lettre au travail et en amour. Cette nouvelle lubie de « pensée positive » laisse sceptique ses deux meilleures amies dont la vie amoureuse n’est pas non plus au beau fixe. Quand l’une, Louise, entretient une liaison secrète avec son boss, l’autre, Rose, subit le quotidien d’un couple en bout de course. Devenue cliente régulière d’une librairie où elle dévalise le rayon « épanouissement personnel », Julie va y faire des rencontres qui vont peut-être enfin changer sa vie …
Après les comédies françaises pas drôles pour un sou – voire carrément pathétiques – de l’an dernier (« Vive la France », « Boule & Bill », « Les Profs », « Pas très normales activités », « Les Invincibles », « Eyjafjallajökull », « Les Reines du ring » … une liste assez longue, à faire rire Vincent Maraval), place en 2014 aux boutades qui provoquent le malaise. « 100 % Cachemire » a lancé les festivités le mois dernier, c’est aujourd’hui au tour de « Jamais le premier soir ».

Pour sa première expérience en tant que réalisatrice, Melissa Drigeard livre, en effet, un film plat et fade, impersonnel, tendance produit ultra formaté pour la télé. Que ce soit le scénario faiblard – contextualisé autour des marchants de bonheur, de l’épanouissement personnel post-rupture sentimentale et des mauvaises rencontres avant de remarquer l’âme sœur – les vannes au rabais, ou l’intrigue amoureuse cousue de fil blanc, « Jamais le premier soir » excelle dans la nullité en cumulant les clichés féminins les plus dispensables. Les situations où les trois copines draguent en soirée speed-dating sont pitoyables et témoignent de ce manque consternant d’originalité.
Quant au casting très axé « Les Enfants de la télé », les comédiens ne décrochent jamais ne serait-ce qu’un sourire. Faut dire aussi que miser son capital glam’ sur le couple Alexandra Lamy / Jean-Paul Rouve, ce n’était quand même pas l'idée du siècle. A se demander si Melissa Drigeard n’a pas du sable dans les yeux. Alexandra Lamy a de l’énergie, mais sa spontanéité ne suffit pas et le film peine à prendre son envol. Jean-Paul Rouve cachetonne en libraire à la Hugh Grant, Julien Boisselier a plus l’air d’un pervers pédophile que d’une tête à claques, et Julie Ferrier dégage une certaine antipathie. Seul lot de consolation : le joli minois de Mélanie Doutey et la complicité évidente entre les trois actrices (amies à la ville).
Bilan : Une daube comme le ciné hexagonal en produit à la pelle ces temps-ci, qui donne à fortiori beaucoup de crédit aux propos incendiaires de Vincent Maraval en 2012.
Anecdote : Mélanie Doutey est mariée au comédien Gilles Lellouche, lui-même meilleur ami de Jean Dujardin, ex compagnon d’Alexandra Lamy.

 
La Bande Annonce de Jamais le premier soir :


NOTE : 0/10

jeudi 16 janvier 2014

Jeu - Concours You're Next

Sorti en salles il y a 4 mois, « You’re Next », home invasion brutal comme il faut, surprenait tout le monde par son côté nerveux et inspiré. En somme, un film d'horreur porté par une comédienne dynamique et truffé de clins d'œil aux aînés (Wes Craven, John Carpenter, The Descent), ainsi que de moments de tension gore.
 

La Bande Annonce du film :





Grâce aux Critiques Cinéma de Piwi, vous allez pouvoir gagner un DVD ou un BR du film.




Synopsis Allociné : La famille Davison est réunie dans sa maison de campagne pour célébrer l’anniversaire de mariage des parents. Alors que chacun commence à laisser éclater ses frustrations et rancœurs, la maison est prise d’assaut par un groupe de tueurs masqués. La réunion de famille tourne au jeu de massacre, les assaillants tentent de les supprimer un à un. Mais sous ses airs d’innocente petite amie, Erin va s’avérer pleine de ressources.



A gagner sur Les Critiques Cinéma de Piwi : 2 DVD et 2 BR du film. Pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de répondre aux 2 questions suivantes avant le Mercredi 29 Janvier – 23h59 à Oompa_47@hotmail.fr.


 Multipliez vos chances par 4 en vous abonnant au compte @Piwi_47 sur Twitter et en likant la page du blog "Les Critiques Cinéma de Piwi" sur Facebook.




Question 1. Quel est le nom du réalisateur de « You’re Next » ?




Question 2. Quel est le nom du comédien crédité au générique de « You’re Next » qui est aussi réalisateur, notamment du film « Drinking Buddies » ?






Le concours se termine le 29 Janvier à 23h59. Pour faire partie des gagnants, il faut habiter en France métropolitaine et envoyer vos coordonnées complètes (1 seule participation par foyer) par mail à Oompa_47@hotmail.fr Un tirage au sort pour désigner les gagnants aura lieu le 30 Janvier, ils seront avertis par e-mail. Vos coordonnées ne seront pas conservées. Le partenaire enverra directement les lots aux gagnants après communication des coordonnées, Les Critiques Cinéma de Piwi n’a pas à être tenu pour responsable du non acheminement des lots.

lundi 13 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

Après l’excellent « Balada Triste » en 2010, le réalisateur ibérique Alex de la Iglesia est de retour aujourd’hui avec « Les Sorcières de Zugarramurdi », une comédie d’épouvante totalement barrée qui a cartonné en Espagne l’an dernier (deuxième film le plus vu localement, derrière le triomphe horrifique « Mama », produit par Guillermo del Toro). De l'autre côté des Pyrénées, sortie prévue le 8 janvier 2014.
Synopsis Allociné : En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police … Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes …
Pour son douzième long métrage en tant que réalisateur, Alex de la Iglesia s’est inspiré d’une légende urbaine nationale : celle du village Zugarramurdi, réputé pour avoir abrité de nombreuses sorcières et victime de l’inquisition au cours du XVIIè siècle. Idée tout à fait recevable lorsqu’on connaît le style décalé et le goût prononcé du réalisateur pour l’humour noir. En somme, les motifs d’une empreinte artistique qui, sur le papier, fait incroyablement bon ménage avec l’univers du conte.


Et ce n'est pas le départ en fanfare qui nous contredira : une scène d’ouverture hallucinante, qui pose d’emblée le ton loufoque et le contexte social, celui de la crise économique, thème cher à Alex de la Iglesia et déjà présent dans son précédent long, « Un Jour de chance ». Une galerie de « personnages » à l’accoutrement ridicule – le Christ, un soldat vert en plastique, Minnie Mouse, l’homme invisible et Bob l’éponge – envahit la Puerta del Sol. Quelques secondes plus tard, les cinq compères dégainent les shotguns et braquent une boutique de dépôt d’or, mais se font rapidement surprendre par la police, puis se font la malle. Au programme : un rythme survolté, des acteurs qui s’éclatent et un metteur en scène hyper généreux : en témoigne quelques clins d’œil amusants au cinéma bis (le fils du héros qui brandit un flingue dans chaque main façon John Woo), ainsi qu’une course-poursuite spectaculaire dans les rues de Madrid, filmée avec une énergie folle et un sens inné du cadre.
La suite des festivités : nos braqueurs amateurs (Hugo Silva / Mario Casas, bien dans leurs baskets), poursuivis par les forces de l’ordre et l’ex-compagne du leader loser, atterrissent dans la petite commune de Zugarramurdi, peuplée d’étranges habitants et de sorcières au dessein maléfique. S’ensuit un récit surprenant, misanthrope et nihiliste, à la trajectoire chaotique, oscillant perpétuellement et brillamment entre la comédie noire sur fond de fantastique décomplexé et le drame, avec pour terrain de jeu la guerre des sexes. Une opposition hommes / femmes aux allures de sauterie païenne diablement excitante, commanditée par une Carmen Maura excellente en prêtresse du féminisme préhistorique.
On est évidemment ravi qu’Alex de la Iglesia prenne un malin plaisir à transformer la misogynie de départ (les femmes, hystériques et perverses, peinturées comme des figures du Mal) en un féminisme acerbe (les hommes sont idiots et irresponsables). Dans « Les Sorcières de Zugarramurdi », tout le monde en prend pour son grade, et c'est tant mieux !
De l'autre côté, Alex de la Iglesia se lâche et gorge ses « Sorcières » de références jubilatoires et en pagaille (« Une nuit en enfer » pour le côté road trip vers l’anarchie, « La Maison des 1000 morts » pour le personnage du Capitaine Spaulding, et « La Famille Adams » bien évidemment pour la filiation freak enkystée dans une demeure lugubre).
Le basque fait parallèlement preuve d’un savoir-faire indéniable dans l’enchaînement des péripéties, multipliant ainsi les effets de style et coups de poker à travers sa mise en scène. Travellings audacieux (la course-poursuite hilarante dans le manoir), cocasseries osées (le running-gag poilant du client du taxi martyr des sorcières), maîtrise des espaces, découpage intelligent et rendu final proche d'un « film punk ».
Quant au final – une hystérie collective dans une grotte qui rappelle le Zion de « Matrix Reloaded » – il recèle une telle folie furieuse qu’on lui pardonne aisément des effets spéciaux un peu cheap (l’ogresse-mère de toutes les sorcières ).
Bilan : Le cinéma de genre espagnol a encore de beaux jours devant lui. « Les Sorcières de Zugarramurdi », le dernier long-métrage d’Alex de la Iglesia, est une comédie d’horreur drôle, gore, frappée et déchaînée, menée tambour battant par un réalisateur talentueux, misanthrope et nihiliste, dont l'art maîtrisé et dynamique est ici le principal atout.
 

Anecdote : Carolina Bang, l'interprète de la jeune sorcière, n'est autre que la compagne à la ville du réalisateur. C'est la troisième fois qu'on la retrouve derrière la caméra d'Alex de la Iglesia puisqu'elle était déjà créditée au générique de « Balada Triste » et « Un Jour de chance ».



La Bande Annonce du film Les Sorcières de Zugarramurdi :


NOTE : 8/10

samedi 11 janvier 2014

Paranormal Activity: The Marked Ones

Mastodonte marketing ultra-rentabilisé par son budget mini et son succès maxi, la franchise « Paranormal Activity » suscite pourtant un intérêt critique bien timide, qu’il soit professionnel ou public. Avec son image de teen-movie d’horreur occasionnellement plus comique que réellement effrayant, peut-elle encore rassembler un public exigeant autour de son tout premier spin-off, éloigné de l’intrigue principale ? Réponse déjà dans les salles, et départ pour le sud de la Californie.
Synopsis : Un jeune adolescent en proie à des événements surnaturels va tenter de résoudre le meurtre de sa voisine du dessous. Il y découvre une cassette portant le nom de Katie et Kristie, lui et ses amies décident de faire une enquête sur ces jeunes femmes, et ce qu'il va y découvrir pourrait changer sa vie à tout jamais…
On a tôt fait de constater que si le cadre change, la recette ne connaît aucun bouleversement majeur. La mise en scène found-footage s’accorde une fois de plus avec une structure qui prend son temps pour installer le décor et les protagonistes, à en faire s’impatienter les amateurs de sensations. Ici, on remarque qu’elle se fait plus rapidement incisive avec une scène de rituel aussi fascinante que frustrante dans sa mise-en-scène. Puis, on se désole que la narration ne puisse se soustraire au comique potache qui semble entacher la licence jusqu’à inhiber toute atmosphère proprement horrifique. Revu, le ridicule des dialogues et de certaines situations. Convenus, les faux screamers en FX hasardeux ou effets grand-guignolesques qui tombent à plat. Sabotés, les enjeux dramatiques.
Le rafraîchissement est plus astucieux dans la façon dont le film distille les idées scénaristiques. En profitant d’un setting latin, « The Marked Ones » enrichit la mythologie « Paranormal Activity ». Les ‘brujas’ et les dogmes catholiques de la culture hispanique côtoient les possessions et emprises démoniaques déjà amenées dans les opus précédents, qui sont revitalisées par la même occasion (sans oublier la modernisation maline du thème du Ouija avec un jeu de Simon). On pourra en outre saluer la temporalité du récit qui fait se croiser l’enquête centrale avec des événements du passé. L’interaction des héros (survolons un casting cheap mais honorable) avec d’autres victimes d’activités paranormales stimule le rythme du film, qui, étrangement, ne faiblit pas sur la durée.
Mais en définitive, le bilan déçoit franchement. Truffé de clins d’œil bien troussés qui consolident une cohérence surprenante entre les épisodes, le film peine pourtant à exister en leur sein. En somme, une saga avare en réponses et frileuse à concentrer sa maîtrise sur la construction d’une ambiance. Les poussées d’adrénaline sont vives mais terriblement brèves, renvoyant pour les plus efficaces aux piliers du found-footage, du « Projet Blair Witch » à « [REC] », en passant par les récents « V/H/S ». Il faut, une énième fois, attendre le final pour que la tension soit enfin palpable. C’est un refrain tristement connu pour les habitués, et ces 5 dernières minutes cauchemardesques finissent par noyer le spectateur dans un déjà-vu plombant. Quant au twist final, assez obscur, il achève la salle dans un rire perplexe face à la portée de ses implications, cryptiquement signifiées quoique bien pensées (on remerciera les forums de fans étrangers).
En deux mots : Miroir de ses prédécesseurs, « Paranormal Activity: The Marked Ones » n’a pas grand-chose d’un spin-off puisqu’il s’handicape de leurs failles, amplifiant comme si c’était encore à prouver la redondance d’une formule usée. L’univers « Paranormal Activity » s’étend judicieusement mais échoue à gagner dans le même temps une maîtrise cinématographique. Du blockbuster d’horreur vite consommé, vite oublié. Jusqu’à la prochaine mouture ?
Anecdote : Paranormal Activity : Marked Ones se déroule en 2012, un an après les évènements de Paranormal Activity 4 et 5 après ceux des deux premiers épisodes. On y croise aussi trois demeures issues des précédents films, ainsi que quatre personnages qui font leur retour… Parfois bien cachés !


La Bande Annonce de Paranormal Activity : The Marked Ones :


NOTE : 4/10



Article rédigé par Douglas Antonio

vendredi 10 janvier 2014

Homefront


« The One », « Chaos », « Rogue l’ultime affrontement », « Le Flingueur », « Blitz », « Killer Elite », « Safe », « Parker », « Crazy Joe » … on n’en finit plus de dénombrer les Stathameries débiles dans la filmo du comédien anglais, exception faite des deux opus « Hyper tension », franchement poilants avouons-le. « Homefront » est la dernière « Stath-ânerie » – puisque qu’on les surnomme désormais ainsi dans le milieu – en date. Sortie le 8 janvier 2014 dans l’hexagone, cette série B musclée lambda est réalisée par le faiseur Gary Fleder et réunit, outre les gros bras de Jason Statham, le prolifique James Franco, le futur méchant de « Captain America : le soldat de l’hiver » Frank Grillo, mais aussi les jolies Winona Ryder & Kate Bosworth. « Homefront » est un projet qui, au premier abord, ne fera sans doute pas date et sera probablement rapidement trouvable dans les bacs les plus poussiéreux des soldeurs de DVD … sauf que le scénario et la production sont signés Sylvester Stallone, autrement dit une certaine valeur ajoutée, du moins un gain d’intérêt.
Synopsis Allociné : Ancien agent de la DEA (Brigade américaine des stupéfiants), Phil Broker se retire dans un coin tranquille de la Louisiane avec sa fille pour fuir un lourd passé … Mais Broker ne tarde pas à découvrir qu’un dealer de méthamphétamines, Gator Bodine, sévit dans la petite ville et met en danger sa vie et celle de sa fille. Face à la menace et à la violence croissantes, Broker n’a d’autre choix que de reprendre les armes.

Après avoir décliné le cachet d’acteur au profit d’être seulement crédité scénariste, Sylvester Stallone a finalement confié le rôle du héros musclé Phil Broker à son vieux copain Jason Statham – rappelons qu’il lui a déjà offert une place de rêve à ses côtés dans le revival actioner « Expendables » et ses suites – pour distribuer quelques tatanes en Louisiane. Le fameux Jason Statham, porte-drapeau de la série B testostéronée qualité direct-to-DVD depuis qu’il a percé à l’aube des années 2000 dans la saga d’action estampillée Besson « Le Transporteur ». « Homefront » n’échappe hélas pas à la règle des bouses Stathamiennes.
Si le film de Gary Fleder démarre plutôt bien avec une scène d’exposition certes classique mais efficace mettant en scène un Jason Statham chevelu infiltré au sein un gang de bikers type Hell’s Angels, il compile ensuite maladroitement tous les poncifs du genre (la méfiance des locaux face à l’arrivée d’un étranger, la fifille qui pleurniche dès que sa peluche est souillée, la ville siège d’un assaut de malfrats assoiffés de vengeance, le kidnapping du chat …) pour ne ressembler in finale qu’à un vulgaire produit sans saveur et déjà vu mille fois.
Et ce ne sont pas la mise en scène approximative de Gary Fleder (thriller ou film d'action?) ou les quelques pistes « originales » expérimentées par « Homefront » (Jason Statham, papa poule qui fait son max pour ne pas sombrer dans une infernale spirale de violence, ou encore Jason Statham draguant l’institutrice campée par Rachel Lefevre) qui rattrapent le tout, puisque ces dernières disparaissent en cours de route sans aucune explication, ou sont excessivement mal traduites à l'écran (Statham tue des bandits devant sa fille, puis se repentit lorsqu'il s'agit d'exécuter l'un des bad guys).
On se contentera en fait d'un film qui assure le cahier des charges sur le plan de la grosse poilade entre amis lors d'une soirée bières pizzas : dialogues jubilatoires prononcés par un Statham hyper premier degré face à des péquenauds de l'Amérique poisseuse, combats bien fagotés dans lesquels Jason Statham excelle au sommet de son art …
Côté casting, si l'action star britannique fait le job sans forcer, James Franco, lui, cabotine à mort en redneck chef cuistot de la méthamphétamine bas de gamme, tandis que Winona Ryder & Kate Bosworth semblent perdues au milieu de ce bordel.
Bilan : Le Statham Movie de ce début d'année 2014 est une sombre bouse de plus dans le CV déjà peu reluisant de Jason Statham. Amateurs du genre, passez votre chemin et lisez plutôt l'anecdote ci-dessous.
Anecdote : Alors que le troisième volet de la saga « Le Transporteur » est sorti en 2008 sur nos écrans, EuropaCorp a signé en accord avec la China's Fundamental Films pour développer une nouvelle trilogie. Frank Martin reprendra donc prochainement du service pour trois nouveaux films, tournés chacun en Chine pour un budget entre 30 et 40 millions de dollars. Si Jason Statham reprend du service, cela fera beaucoup de suites dans les idées pour l'acteur britannique, puisqu'il est aussi attendu, outre « Expendables 3 », dans « Fast & Furious 7 », ainsi que dans le vieux serpent de mer hollywoodien « The Brazilian Job », suite de « Braquage à l'italienne ». Sachant également qu'il se dit prêt à rempiler dans la peau de Chev Chelios pour un éventuel « Hyper tension 3 ».


La Bande Annonce d'Homefront:


NOTE: 3,5/10

mardi 7 janvier 2014

Du Sang et des larmes

Peter Berg est le réalisateur du film culte « Very Bad Things », comédie noire à l’humour grinçant sauvage et aux personnages complètement barrés. Il a également officié comme showrunner sur l’excellente série « Friday Night Lights », adaptation petit écran du film éponyme plébiscité partout sur le globe. Berg est aussi connu pour avoir dirigé le brillant et mésestimé film de guerre « Le Royaume », produit par Michael Mann, ainsi qu’« Hancock », divertissement pop mais pas très original avec Will Smith. C’est avec « Battleship » que la situation s’est sérieusement dégradée pour Peter Berg, puisque le blockbuster maritime tiré du célèbre jeu Hasbro « Touché Coulé » s’est pris une grosse mandale au box office et fut un fiasco monumental pour Universal (la major productrice), fiasco à la fois artistique (des critiques presse épouvantables) et financier (un énorme four). Berg est de retour aujourd’hui avec le plus modeste « Du Sang et des larmes » (quoique, 50 millions de budget tout de même !), film de guerre inspirée d’une histoire vraie et librement adapté du roman « Lone Survivor » de Marcus Luttrell. « Du Sang et des larmes » compte parmi ses rangs les rookies Mark Wahlberg & Eric Bana, mais aussi les jeunes recrues Emile Hirsch & Ben Foster, ainsi que le fidèle Taylor Kitsch (un habitué du réalisateur).
Synopsis Allociné : Le 28 juin 2005, un commando de quatre Navy Seals prend part à l’opération « Red Wing », qui a pour but de localiser et éliminer le leader taliban Ahmad Shah. Mais rapidement repérés et encerclés, les quatre soldats vont se retrouver pris au piège.

Décidément, Peter Berg est attaché aux valeurs militaires et très impliqué sur l’interventionnisme américain au Moyen-Orient (cinéaste du « Royaume », comédien dans « Lions et agneaux » et metteur en scène de « Du sang et des larmes). Après avoir œuvré sur le film over patriotique « Battleship », revoilà le bonhomme crédité réalisateur d’un long métrage de guerre rendant hommage aux soldats américains. A raison ? Mmmhh, sentiment très mitigé.
« Du Sang et des larmes » commence, en effet, laborieusement par une scène de discussion militaire interminable et déjà vue mille fois. Des scènes d’exposition à l’humour au ras des pâquerettes, un lead introducing typique (et raté) des films du genre.

Puis la mission commence : les Navy Seals, campés par des comédiens en jambes (Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Ben Foster, Emile Hirsch), sont envoyés au casse-pipe dans les montagnes afghanes pour capturer un taliban local. L’action démarre, la caméra embarquée de Peter Berg assure une part d’ultra réalisme désiré, les friands des survival / war movies seront satisfaits. Il faut reconnaître que le metteur en scène du nanardesque « Battleship » s’en donne à cœur joie pour divertir en narrant les aventures du héros Luttrell avec authenticité, grâce à son style nerveux. Il propose ainsi plusieurs morceaux de bravoure au ton très brutal qui raviront certainement les fans du genre ; en somme, des séquences d’action plutôt bien troussées et originales (le saut dans le précipice, unique parade pour s’en sortir), malgré quelques invraisemblances (certaines blessures non prises en compte d'un plan à l'autre) et défauts risibles (le montage, mais surtout l’énorme spoiler du titre original : Lone Survivor).
Le bât blesse sur le fond en revanche : si le souhait de Peter Berg est indéniablement de rendre hommage aux soldats tombés au champ d’honneur, voire d’imposer son opinion sur cette jeunesse sacrifiée, force est de constater qu’il se plante misérablement en livrant une vision réactionnaire et propagandiste, où les talibans sont présentés comme des barbares primitifs (décapiter les Navy Seals à la machette) dépourvus de conscience ou de valeurs humaines. Un point de vue remarquablement univoque et over hollywoodien – comprenez maladroit – corroboré par une mise en scène souvent pataude (les ralentis héroïsants à tire-larigot, les clairons en nombre, les photos des vrais Seals qui défilent lors du générique …), ainsi qu’une morale plus que douteuse. L’argument du soldat qui refuse de tuer froidement les otages afghans (« ça finira par se savoir ») est, en effet, totalement irrecevable.   
 
Bilan : Passez votre chemin si vous voulez comprendre le bourbier afghan ou la violence (physico-psychologique) subie par les Navy Seals. « Du Sang et des larmes » est un film de guerre certes tendu, nerveux et efficace par moments, mais demeure mongolo-bourrin sur le fond avec propos amplement discutable.

Anecdote : Peter Berg est aussi acteur, il a notamment joué le rôle d’un policier véreux et violent dans le polar « Copland », mais aussi dans plusieurs films de ses camarades réalisateurs : « Collateral », « Mise à prix », « Lions et agneaux », ainsi que dans la série à succès « Alias ».

La Bande Annonce du film Du Sang et des larmes:


NOTE: 4/10  

dimanche 5 janvier 2014

Yves Saint Laurent

2014, année Yves Saint Laurent ? Sur grand écran, le couturier disparu en 2008 brillera, on l’espère, par deux fois. Le projet de Bertrand Bonello (« L'Apollonide – souvenirs de la maison close »), intitulé « Saint Laurent », retracera dès mai prochain la période 65-76 du styliste avec Gaspard Ulliel dans le rôle-titre et Jérémie Renier en Pierre Bergé. Mais c’est le film « Yves Saint Laurent » qui lui précède en ce mois de janvier qui nous intéresse aujourd'hui, Jalil Jespert officiant derrière la caméra pour un biopic ayant reçu l'approbation officielle et le soutien de Pierre Bergé. Au générique, les deux prodiges de la Comédie Française Pierre Niney et Guillaume Gallienne, tout récemment couronnés des succès populaires de « Comme des frères » et des « Garçons et Guillaume, à table ! ».
Synopsis Allociné : Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.
Il serait brûlant de ne pas s’attarder d’emblée sur les prestations ahurissantes de Niney et Gallienne. La métamorphose est totale, les performances à retenir dans les plus intenses du cinéma français récent, à l'instar de Jérémie Rénier en « Cloclo » début 2012. On peut d’ores et déjà s’attendre à une pluie de récompenses méritées. Justes sans forcer la caricature, touchantes sans verser dans le pathos, elles rendent admirablement compte du travail de recherche conséquent fourni par les deux comédiens, cela transparaissant d'ailleurs avec beaucoup de naturel sur les 1h40 de bobine. Plus discrètes, les figures féminines du film ne sont pourtant pas en reste, et les actrices pas les dernières à tirer leurs épingles du jeu. Charlotte Lebon apporte une élégance saisissante aux premiers instants du long-métrage, tout comme Laura Smet par la suite.
Quant à la mise en scène de Jespert, elle se fait souvent esthétisante, probablement à raison ; lui répond ainsi une photographie léchée qui se marie savamment avec l’univers créatif de Saint Laurent à mesure que l’on traverse les époques. Et la délicatesse des plans plus intimistes émeut avec tout autant de force, des premiers baisers dans un Paris magnifié jusqu’aux colères névrotiques caressées avec une pudeur justifiable.
En revanche, le spectateur est davantage troublé par une narration elliptique et en flashbacks, qui a tendance à brasser beaucoup pour en dire peu. Une impression de survol alourdit l’ensemble et les allers-retours dispensables avec le présent desservent un cadre temporel fort. Ce dernier aurait certainement pu exister en se déchargeant de cet hommage didactique post-disparition déjà inhérent au projet. Même impression face aux dialogues, où, à défaut de ne mettre en doute ni la véracité ni la sincérité des lignes, on s’étonne d’une théâtralité redondante qui rend l’anecdotique marquant, de manière quasi artificielle.

C’est le syndrome tristement célèbre des biopics qui frappe alors « Yves Saint Laurent » : dans son esthétique jusque dans son écriture, la neutralité du film finit par être absorbée par le désir de raconter la beauté d’une vie et la grandeur d’une Histoire. Y compris dans ses aspérités, ses faiblesses et ses défauts. Peut-être au prix de la chaleur d’un récit qui ne se laisse alors plus apprivoiser, un récit dont les personnages sont moins proches de nous, et dont la portée se fait plus insaisissable. Ainsi, sur ce plan, « Yves Saint Laurent » déçoit : mentionnons le final suspendu dans le sublime comme dans le vide de son silence déguisé – une non-conclusion en forme de prise de risque d’une fascinante beauté mais qui dans la continuité narrative ressemble à une allégorie d’une frustrante complexité.
Manque de personnalité des biographies filmées, vous avez dit ? L’autre exemple-témoin dans le cas d’« YSL » s’écrit sur partition : incontestable, l’attention portée à la bande-originale peine par moments à transfigurer la volupté des images sans un rendu pompeux. Omniprésente, la bande-son s’incarne en un personnage à part entière de l’odyssée d’Yves Saint Laurent, jusqu’à se faire hélas régulièrement envahissante. Comme si l'équipe perdait en recul avec son propos, et laissait la proximité avec le spectateur être consumée pour les besoins d’envergure du biopic. Finalement très symptomatique des pires travers du genre, la discutable utilité d’un surlignage sonore grandiloquent en est un exemple singulier, encore que les occurrences de sa qualité mise au service du film sont ici nombreuses.
En deux mots : « Yves Saint Laurent » culmine par une distribution exemplaire et une esthétique précieuse qui sait rendre un vibrant hommage à l’homme de mode comme à l’être humain. On regrette que l’aventure ne soit pas menée avec une ferveur plus stimulante et moins dépassée par son sujet dans sa dramaturgie.
Anecdote : En préparation pour le rôle, Pierre Niney a bien sûr visionné des dizaines de documentaires et s’est également entretenu avec Pierre Bergé régulièrement tout en apprenant le dessin. Et pour retranscrire le tabagisme démesuré de Saint Laurent (le styliste fumait parfois deux ou trois cigarettes en même temps tout en concevant les modèles), il a commencé à fumer des cigarettes de cinéma à l’Eucalyptus, au grand dam de l’équipe… de telles cigarettes empestant bien plus que des vraies !
 
La Bande Annonce d'Yves Saint Laurent :


NOTE : 7/10

Article rédigé par Douglas Antonio.