« Le
Majordome » (« Lee Daniels’ The Butler » en anglais dans le
texte) est un film dramatique historique américain, écrit, produit et réalisé
par Lee Daniels, inspiré librement de la vie d’Eugene Allen. A noter la
présence surprenante de Danny Strong (inoubliable Jonathan Levinson dans la
série à succès « Buffy contre les vampires ») au générique, crédité
en tant que co-scénariste du film. Fort d’un casting alignant (respirez), Forest
Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr, Terrence Howard, Lenny
Kravitz, Jane Fonda, Vanessa Redgrave, Mariah Carey, Jesse Williams, Alex
Pettyfer, et, dans les rôles des présidents américains, John Cusack, Robin
Williams, Alan Rickman, James Marsden, Liev Schreiber, ce biopic a largement
touché le cœur des américains en récoltant plus de 100 millions de dollars au
box office à ce jour et est sérieusement pressenti pour apparaître dans la
liste des concurrents aux Oscars 2014 (merci les frères Weinstein,
distributeurs du film).
Synopsis
Allociné :
Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des
Etats-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme,
il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une
fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil
devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des
tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale. A la maison, sa femme,
Gloria, élève leurs deux fils, et la famille jouit d’une existence confortable
grâce au poste de Cecil. Pourtant, son engagement suscite des tensions dans son
couple : Gloria s’éloigne de lui et les disputes avec l’un de ses fils,
particulièrement anticonformiste, sont incessantes. A travers le regard de
Cecil Gaines, le film retrace l’évolution de la vie politique américaine et des
relations entre communautés. De l’assassinat du président Kennedy et de Martin
Luther King au mouvement des « Black Panthers », de la guerre du
Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l’intérieur, mais
aussi en père de famille …
« Le
Majordome » est la preuve qu’un casting prestigieux, une histoire
poignante et un metteur en scène en vogue ne sont pas forcément des ingrédients
suffisants pour concocter une recette miracle.
Le film de Lee Daniels
est tenu par un propos démago sur la lutte des classes (sociales et ethniques),
le combat pour les droits civiques des Afro-Américains, et se fourvoie dans un académisme
profond (la quête d’une récompense à tout prix), ainsi qu’une écriture inégale
(le perso infecte du fils en plein complexe d’Œdipe).
Lee Daniels, plébiscité
par les critiques du globe pour « Precious », révèle une mise en
scène incroyablement opportuniste et prétentieuse (le style élitiste en citant « Sidney
Poitiers »), par ailleurs plombée par quelques artifices assez repoussants :
les passages attendus (images d’archives à gogo, des solutions de facilité sur
les relations de Cecil avec ses fils), la lumière & le cadrage, tous deux
hideux en over centralisant sur le
majordome, le rythme beaucoup trop soutenu (dans le même genre, on préfère
largement « Forrest Gump »), une composition musicale cloisonnée, des
prestations, certes excellentes, mais calibrées pour obtenir une statuette
dorée en février prochain (Forest Withaker, Oprah Winfrey en ligne de mire).

Les plus téméraires
pourront souligner la « retenue » du réalisateur, en termes de
violence et de comportements sexuels déviants, grossièretés très prononcées
dans sa précédente mouture, « Paperboy », sauf que ne soyons pas
dupes, le bougre fantasme un humanisme et une flamboyance qu’il n’atteint
jamais.

Bilan :
Après Spike Lee, Lee Daniels, grand défenseur de la cause inhérente à la
communauté afro-américaine, se porte comme le nouveau porte-drapeau du cinéma politique
et racial militant, indéniablement ancré dans l’ère Obama. Sauf que Daniels, à
genoux devant l’Académie des Oscars, ne jette aucun pavé dans la marre et livre
une fresque sans surprise, au sous-texte, certes puissant, mais aussi discret
et subtile qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Anecdote
: C’est la deuxième fois que Robin Williams incarne un président des Etats-Unis
à l’écran. Après Theodore Roosevelt dans « La nuit au musée », il est
ici le président Eisenhower.
La Bande Annonce du film Le Majordome:
NOTE: 3,5/10
Critique très complète qui me surprend car tu es souvent très bon public. Tes arguments sont corrects mais personnellement, j'ai beaucoup apprécié ce film. Forest Whitaker (un acteur que j'adore depuis mon enfance) joue habituellement un peu toujours de la même manière et là, justement je le trouvais presque méconnaissable.
RépondreSupprimerC'est sûr que ce n'est pas engagé comme Malcom X ou When we were Kings de Spike Lee mais je trouvais tout de même que le réalisateur posait bien son point de vu sur le concept de la famille, plus que sur la condition des noires en effet pour laquelle il n'apporte rien de bien nouveau.
Et je suis bien d'accord sur cette idée que tu poses sur la retenue du réalisateur.
Je trouve qu'il aurait davantage gagner à encore plus "s'engager".
SupprimerMerci en tout cas Sébastien